dimanche , 25 juin 2017
Le bégaiement : Ce mal presque silencieux

Le bégaiement : Ce mal presque silencieux

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Incapacité à s’exprimer spontanément, profond sentiment de honte et stigmatisation… ces symptômes ne trouvent leur source que dans un seul mal : le bégaiement ! En effet, le bégaiement touche un adulte sur cent et cinq fois plus d’enfants. Néanmoins, même si ce trouble de la parole est un phénomène assez habituel chez les enfants entre 2 et 5 ans, il n’en reste pas moins que son origine est encore quelque peu obscure. Cela dit, l’impact psychologique que le bégaiement a sur l’individu, surtout lorsqu’il est très jeune, peut engendrer une grave détresse émotionnelle et même, pour les cas les plus graves, une dépression nerveuse.

Le bégaiement peut être défini comme une suite de coupures dans le processus de la parole. Il se traduit la plupart du temps par une série de répétitions des sons et de blocages du langage ; à cela s’ajoutent dans certains cas des mouvements impulsifs involontaires, comme le clignement des paupières. Cependant, le bégaiement ne peut être associé ni au bredouillage, ni au balbutiement, ni à aucune autre forme de parole mal articulée ou indistincte.

Par contre, d’autres troubles du langage lui sont souvent attribués comme la mauvaise prononciation des voyelles ou encore le lapsus.

Un trouble aux origines obscures
Malheureusement, les troubles du langage qui caractérisent le bégaiement ne représentent qu’une infime part de ce handicap. En plus d’engendrer une grande fatigue physique, le plus inquiétant est qu’il peut avoir un impact terrible sur l’état psychologique de la personne qui en souffre. En effet, le bègue, du fait de ce trouble qui l’handicape, a d’énormes difficultés à s’exprimer, à faire part de ses sentiments ou d’une simple opinion. Dans un tel contexte, le processus de communication est quasiment interrompu, ce qui sera, par conséquent, source d’une terrible frustration et d’un mal-être latent. Ce cumul d’émotions plus qu’encombrantes enfonce à chaque fois un peu plus le bègue dans un cercle vicieux dont il aura de plus en plus de difficultés à en sortir avec l’âge, générant par là une grande souffrance psychique. Cependant, avec tout ce qu’implique ce dysfonctionnement du langage, une question reste pourtant sans réponse. Malgré toutes les études menées à ce jour, pourquoi le bégaiement est-il inconstant ? Dans certains cas, la personne qui bégaie est capable d’avoir une diction à peu près normale, voire quasiment parfaite. Cela est justement le cas lorsque le bègue chante ou encore lorsqu’il se retrouve à faire un monologue. C’est ainsi qu’il sera beaucoup plus détendu dans son élocution en fonction de l’interlocuteur en face de lui. Un enfant aura tendance à énormément bégayer en classe, surtout lors d’une interro devant tous ses camarades, tandis qu’il parlera aisément chez lui avec les membres sa famille. Même scénario avec une personne adulte. Celle-ci aura toutes les difficultés du monde à s’exprimer devant son supérieur hiérarchique, alors qu’elle s’exprimera le plus normalement du monde avec son conjoint. De nombreuses autres interrogations subsistent encore à ce jour. Comme, par exemple, le fait que le bégaiement touche essentiellement les jeunes enfants, et il ne se manifeste que chez un adulte sur cent. Comment se fait-il également qu’il disparaisse aussi spontanément qu’il n’est apparu ? Ou encore qu’il concerne beaucoup plus les gauchers que les droitiers ? Et comment expliquer qu’il soit beaucoup plus fréquent chez des personnes issues de familles qui possèdent déjà des antécédents de bégaiement, ou même d’autres troubles de la parole ? Pour de nombreux scientifiques aujourd’hui, il est clair que ce dysfonctionnement dans le processus du langage est dû en partie à un désordre génétique. Car durant une longue période, la science s’accordait à dire que le bégaiement était un phénomène purement psychologique. Or, certaines études ont prouvé depuis peu que cela avait aussi un lien avec les gènes.

Le bégaiement, un véritable handicap pour l’enfant
Selon Mme Hayat Messaoudi, neuropsychologue et orthophoniste, spécialisée dans le bégaiement chez l’enfant et chercheuse doctorante en autisme, certains évènements, plus ou moins traumatisants dans la vie d’un enfant, sont, dans de nombreux cas, à l’origine de l’apparition du bégaiement. Mme Messaoudi nous explique, notamment, la différence de l’impact entre le bégaiement qui se manifeste chez le jeune enfant par rapport à celui qui persiste chez l’adolescent. «Le bégaiement que l’on distingue chez l’enfant entre 2 ans et demi et 4 ans est ce que nous appelons communément le bégaiement transitoire. Transitoire, parce qu’il apparaît justement durant la période où l’enfant commence généralement à s’exprimer.»
La neuropsychologue souligne également l’importance du dépistage de ce trouble le plus tôt possible ainsi que sa prise en charge rapidement par les parents. «Dans ce cas de figure, plus le dépistage est précoce, plus l’enfant a des chances d’en guérir rapidement, mais à la seule condition qu’il y ait un suivi parental continu. Par contre, si aucune forme de guidance parentale n’est entreprise, le bégaiement, qui à la base est transitoire, risque bien de s’installer définitivement, ce qui deviendrait un plus grand handicap à l’âge adulte.» En ce qui concerne le bégaiement à l’âge adulte, Mme Messaoudi stipule clairement que «contrairement à ce que certains avancent, le bégaiement n’est en aucun cas une pathologie, car il ne s’agit pas là d’un trouble organique, comme un dysfonctionnement au niveau des cordes vocales, mais bel et bien d’un problème fonctionnel. Ce n’est, par conséquent, pas une maladie, mais un trouble du langage. Pour définir le bégaiement, je dirai simplement que le rythme de la parole est haché».
Par ailleurs, l’orthophoniste indique également aux parents la meilleure façon de voir le bégaiement pour mieux le comprendre. «C’est simple ; je demande à mes patients d’imaginer le bégaiement comme un “iceberg”. La partie émergée ne représente que 10% du trouble en lui-même. Quant aux 90% restants, ce sont les causes véritables qui sont responsables du déclenchement de ce mal chez leur enfant et qui sont, donc, la face cachée de l’iceberg.»
Pour ce qui est du traitement, la spécialiste préconise différentes thérapies, dont celle de la voix chantée. «Le bègue n’a aucun souci pour chanter, parce que le rythme de la chanson n’est pas le même que celui de la parole. Il est, donc, plus facile pour lui de s’exprimer en chantant qu’en parlant. C’est d’ailleurs de là qu’est née, en France, la thérapie de la voix chantée. Je privilégie cette méthode thérapeutique, alliée à la lecture du Coran, dont le rythme est tout aussi différent que la parole ; cela donne de bons résultats.»
L’adolescence, une phase de transformation délicate
Même si le bégaiement disparaît dans la plupart des cas de lui-même durant l’enfance, il peut tout aussi bien se prolonger et même réapparaître de plus belle à l’adolescence après avoir disparu durant de longues années. La cause principale est que la puberté est une période de transition assez complexe, voire douloureuse pour certains, et par laquelle tout enfant doit passer pour muer en adulte. Un trop plein d’hormones allié à toutes sortes de pressions familiales, de tensions sociales et de stress engendrent forcément un état psychologique et émotionnel plus que confus, où l’adulte en devenir se sent pris au piège, sans aucune issue possible. Cette situation délicate est très mal vécue par l’adolescent qui s’enlise de plus en plus dans le mutisme. Complexe d’infériorité, honte, perte de l’estime de soi sont des symptômes plus qu’inquiétants que développe le bègue. Dans de telles circonstances, beaucoup d’adolescents ont du mal avec la thérapie et parfois même refusent le traitement proposé par les spécialistes. Pour aider ces patients adolescents, Mme Messaoudi conseille d’opter pour une autre forme de traitement, afin d’éviter que le bègue ne s’enfonce dans une claustration psychologique, à savoir passer outre le bégaiement, si on ne peut y remédier. «Contourner le bégaiement et non le guérir, voilà ce qu’il convient de faire si aucune thérapie ne vient complètement à bout de ce trouble. D’importants progrès peuvent être réalisés si l’adolescent reçoit un bon encadrement, ce qui lui permettra avec le temps d’avoir une bonne élocution sans pour autant guérir complètement de son bégaiement.»
Quoi qu’il en soit, même si de nouvelles études ont prouvé que le bégaiement possède des prédispositions génétiques, l’aspect psychologique reste, toutefois, prédominant dans le déclenchement de ce trouble fonctionnel du langage et si celui-ci n’est pas diagnostiqué et pris en charge rapidement, il pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la vie de la personne qui en souffre.

Remerciements à :
Mme Messaoudi Hayat, neuropsychologue et orthophoniste
Cité des 630 logements, Bt A3, N°2 Aïn-Naâdja
Mob. : 07 98 98 77 56/05 51 12 58 86
Email : messaoudihy68@yahoo.fr

Par Sabrina Aksouh

Un commentaire

  1. C est maintenent la reference concernant le sujet, on en redemande merci beaucoup.

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