[box_dark]Humeur chagrine et regard attristé, Salma est complètement désemparée lorsqu’elle rejoint ses amis installés dans un salon de thé. Elle venait tout juste d’être importunée par un groupe de jeunes hommes. Ce n’est pas la première fois. Visiblement, elle a le don d’attirer les malotrus de tous genres.
Par Nesrine Bensemra[/box_dark]
quotidiennement à sa sortie du bureau, d’autres la suivent au pas, lui lançant plein de compliments sur ses rondeurs, suivis
aussitôt d’insultes lorsqu’elle les ignore. En guise de réaction,
Salma a eu enfin l’audace d’exprimer sa peine au policier qui ne se trouvait pas loin de son lieu de travail. C’était sans compter que lui aussi la dévorait des yeux. «Après m’avoir dévorée du regard, ce dernier n’a pas hésité à me lancer que s’il n’était pas en tenue de service, il ne m’aurait certainement pas ratée. On a vraiment l’impression d’être un objet sexuel», déplore-t-elle.[/box_light]
[box_light]Tenue décente ou pas, on n’est pas à l’abri !
Salma était pourtant modestement habillée, ce jour-là, mais cela n’a pas empêché de mettre les hormones de ces «obsédés» en ébullition. Plusieurs autres femmes, de différents âges et de différents
milieux sociaux, sont dans le même embarras que Salma. Il suffit simplement d’être une femme pour subir ce harcèlement. Être voilée ou pas, être jeune ou âgée, jolie ou laide, rien ne les empêchent de vous accoster. Mais la question qui se pose est : «Comment doit réagir la femme dans ce genre de situation ?» Faut-il qu’elle réponde aux attaques de ces «frustrés ?» Ou mieux, faut-il se taire et les ignorer ?[/box_light]
[box_light]Elles en parlent !
«Un jour, alors que je me rendais en cours, arrivant à hauteur
de la place du 1er Mai pour prendre le transport universitaire,
un type s’approche de moi à la vitesse de l’éclair. Avec son regard collant que j’arrivais presque à palper, il n’a pas hésité
à me toucher, puis il est reparti tout en me souriant. Je n’ai même pas pu réagir sur le coup, vu que je ne comprenais pas ce qui se passait. Pourtant, la rage me dévorait, et je me suis détestée de ne pas m’être révoltée», vocifère Rania, étudiante à la Faculté de Bouzaréa, avant de se justifier : «La scène dure à peine quelques secondes, et arrive sans y être préparée.»
Dans une autre mésaventure du même genre, Rania nous raconte qu’elle n’avait pas hésité à se mettre à crier, en poussant violemment
celui qui s’approchait pour la toucher. «L’homme, très mal à l’aise, s’est vite dérobé», dit-elle. En effet, la plupart des femmes que nous avons abordées affirment qu’avec le temps, elles ont réussi à développer des «radars» qui détectent de loin les mains baladeuses. D’autres disent qu’elles sombrent carrément dans la psychose. «Devoir faire tout ce cinéma me met les nerfs en boule, il faut se blinder ici pour éviter qu’on se colle à vous. Il m’est impossible de compter le nombre de fois où j’ai dû m’arrêter pour insulter celui qui s’amenait vers moi, pour tenter quelque chose», nous dit Henia. Un bon nombre de femmes et de jeunes filles avouent qu’il n’est finalement pas évident de réagir contre ces «harceleurs». «Lorsque vous réagissez contre celui qui vient à peine de vous dévorer du regard ou de vous lancer une remarque indécente, ce dernier va vous répondre que ce n’est pas vous qu’il regardait ou qu’il s’adressait à son ami», regrette Asma. Les femmes sont malheureusement arrivées à se demander si réagir servait bien à quelque chose, vu que les hommes restent indifférents face à leur comportement indécent. Ces dernières réalisent qu’elles n’avaient rien à gagner.
«Je n’ai pas envie de donner l’impression que tout cela est normal. Et, en même temps, je sais que je n’y gagnerai rien : je m’énerve, je gaspille mon temps et mon énergie, et le comble est que je me donne en spectacle ! Je comprends de plus en plus celles qui font la sourde oreille», nous dit Amira, conseillère en marketing.[/box_light]
[box_light]Le harcèlement, un comportement machinal !
Pour la plupart des dragueurs, accoster une femme dans la rue est devenu un comportement instinctif. «On est malheureusement
arrivé à un stade où la plupart des dragueurs adoptent ce comportement, avec un automatisme parfait. Cela prouve qu’eux-mêmes ne répondent pas de leur conscience», explique Belkacem Mestfaoui, sociologue et professeur à l’Université d’Alger. Le plus étrange dans tout cela est que la grande majorité des harceleurs qu’on a abordés ont avoué qu’ils ne s’attendaient pas à obtenir quoi que ce soit des femmes qu’ils accostaient. «J’estime que c’est plus une question d’habitude, surtout le fait de se retrouver en groupe. Il m’arrive souvent de lancer quelques mots à une passante, et de reprendre la discussion tout de suite après. On peut dire que c’est une façon de se moquer des femmes», nous livre Mehdi, un agent commercial. Résultat : pour fuir ce milieu complètement agressif et hostile qu’est la rue, beaucoup de femmes réduisent leurs sorties. Celles qui en ont les moyens se déplacent en voiture. D’autres, moins aisées, préfèrent être accompagnées d’un mâle. «Il est malheureux de constater que ces hommes ont plus de respect pour un gamin de
12 ans qui vous accompagne que pour la femme que je suis», regrette Nadine.[/box_light]
[box_light]Les enfants aussi s’y mettent !
Ce que l’on constate de nos jours, c’est que les enfants apprennent
à harceler les passantes dès leur jeune âge. Au premier contact avec la rue, beaucoup d’entre eux se mettent à imiter leurs aînés. Celui qui ne lance pas quelques mots aux passantes passera certainement pour une mauviette. Au regard de ses copains
et camarades de classe, ce n’est même pas un homme. Très tôt également, une fille apprend qu’elle doit se faire discrète et baisser la tête en passant à côté d’un groupe de jeunes hommes. «Le jour où j’ai constaté que ma fille ne passait plus inaperçue dans la rue et quelle attirait le regard des hommes, je me suis mise, malgré moi, à lui interdire de se mettre en jupe ou en robe. J’avais peur pour son intégrité physique», raconte Anissa, mère d’une jeune adolescente de 11 ans. Le pire, poursuit-elle, est que les rues se sont transformées en un véritable espace de combat qui oppose les deux sexes. Les hommes, et même les écoliers, trouvent malheureusement des difficultés à accepter la présence de la gent féminine dans la rue qu’ils estiment comme leur espace
naturel.»[/box_light]
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Le harcèlement dans l’espace public, conséquence d’une urbanisation mal assumée
«Nous pouvons,bien évidemment, imaginer les causes et les raisons qui ont poussé un bon nombre d’hommes à adopter ce comportement», nous dit Belkacem Mestfaoui, sociologue et professeur à l’Université d’Alger. L’urbanisation rapide et «sauvage », mal assumée et mal préparée par les pouvoirs publics, reste, selon lui, l’une des raisons qui ont réussi à détruire les relations sociales qu’il y avait avant entre les individus. Construits en l’absence des normes de l’État et des valeurs traditionnelles, les lieux urbains anomiques ont fait que les citoyennes et les citoyens algériens se retrouvent dans de nouveaux schèmes culturels qu’ils empruntent davantage à d’autres vecteurs de socialisation. «Les télévisions satellitaires reçues d’une façon démultipliée, et avec des fournisseurs d’accès extrêmement faibles, construisent également des vecteurs de socialisation plus attirants. Ils sont, ainsi, plus formateurs que les autres lieux de socialisation, tels que la famille ou la mosquée qui étaient autrefois le vecteur des normes traditionnelles d’éducation et de respect des uns envers les autres», précise Mr Mestafaoui. Par ailleurs, le sociologue explique que le chômage, la pénurie de logements et la hausse des loyers, qui retardent le mariage des jeunes hommes et retardent encore plus leur vie sexuelle, avec, en sus, un avenir incertain, sont autant de facteurs qui n’ont fait que compliquer la situation. Le sociologue a, en effet, tenu à rappeler que ce phénomène de société existe depuis une décennie. «Il est tout de même important de préciser que c’est un comportement qui est apparu dans une période où l’Algérie vivait ses pires moments», dit-il. «Pour lutter contre ce nouveau genre d’atteinte aux libertés individuelles, les pouvoirs publics doivent intervenir rapidement», souligne le sociologue.
[/box_light] [box_dark]Un acte non puni par la loi !
«Les textes qui existent définissent uniquement le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, mais pas celui subi dans l’espace public», déclare Nadia Aït Zaï, avocate au barreau d’Alger et présidente du Centre d’information des droits des femmes et des familles (CIDDEF). Contrairement au harcèlement sur le lieu de travail, où le harceleur est une personne connue qui n’a pas où fuir, la victime dans l’espace public à généralement affaire à un parfait inconnu. «Dans notre société, prouver l’acte de harcèlement dans la rue est une affaire très complexe», nous dit cette avocate au barreau d’Alger. «La femme harcelée peut déposer plainte, mais cela n’aboutira à rien, vu l’absence de preuves. Pour que le coupable soit puni, l’agression doit être physique, et non pas morale, puisque la victime doit passer chez le médecin légiste», explique Me Aït Zaï.
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besoin de verifier:)
je suis très contente de trouver ce sujet abordé enfin, on vit l’enfer tout les jours, chaque 5 mètres max on est harcelé, qu’on soit habillé en court ou en voile c’est la même chose, et c’est encore pire sans voile, les hommes trouvent que c’est de leur droit d’harceler une fille dévoilée et ça s’aggrave tout les jours, les insultes, on nous touche..je ne sais pas où est ce que va l’algérie avec une société pareille??!!!