Syndrome dysphorique  prémenstruel   Une folie au bout du cycle

Syndrome dysphorique prémenstruel  Une folie au bout du cycle

Le mythe selon lequel pendant les jours de menstrues, les femmes sont atteintes de démence, a existé pendant très longtemps et dans différentes civilisations. Désespoir, anxiété, angoisses, déprime, colère, découragement, dépression, irritabilité, envies de solitude et bipolarité : un bon nombre de femmes se voient changer et devenir quelqu’un d’autre une semaine par mois. Est-ce juste seulement la fatigue qui rend les femmes ainsi ? Le syndrome prémenstruel se manifeste-t-il par des troubles psychologiques ? Qu’est-ce que le trouble dysphorique prémenstruel ?

Yasmine Amziane

Syndrome dysphorique  prémenstruel   Une folie au bout du cycle 2Le syndrome prémenstruel (SPM) est une maladie ou un ensemble de troubles qui se manifestent par des symptômes émotionnels, physiques et comportementaux :
maux de tête, courbatures, douleur et sensibilité mammaire, troubles de digestion, ballonnement… Il y aurait plus d’une centaine de symptômes et toutes les femmes ne présentent pas les mêmes.
Quant aux troubles dysphoriques prémenstruels (TDPM), ils se manifestent par des sautes d’humeur, une dépression et une grosse tension peu avant l’apparition des règles, et ces mêmes symptômes peuvent changer d’un mois à l’autre. Ces syndromes apparaissent entre le cinquième et le dixième jour avant le début des règles. Les symptômes disparaissent une fois la période commencée ou dans les 4 à 7 jours qui suivent.
Le docteur Yacine Moussi, médecin psychiatre, répond à nos questions pour tenter d’expliquer à nos lectrices ce que sont et ce qu’entraînent les troubles dysphoriques prémenstruels.

Dzeriet : Les troubles dysphoriques prémenstruels sont-ils une maladie répertoriée et confirmée ?
Dr Yacine Moussi : Non, c’est la forme sévère du syndrome prémenstruel, qui est une maladie confirmée. Dans le manuel de diagnostic des troubles mentaux (DSM-IV), qui est la référence en matière de maladies mentales, il est suggéré de différencier le TDPM du syndrome prémenstruel (SPM), réservant ce dernier diagnostic aux symptômes physiques moins marqués et aux changements d’humeur mineurs.
Le TDPM se différencie du SPM par des symptômes spécifiques, leur sévérité et l’altération du fonctionnement qui en résulte.
Le TDPM correspond donc à une forme sévère du syndrome prémenstruel avec une configuration symptomatique ayant, au premier plan, des symptômes psychiatriques. Les caractéristiques essentielles sont : une humeur dépressive, une anxiété, une labilité émotionnelle marquée, ainsi qu’une diminution de l’intérêt pour les activités. Ces symptômes commencent pendant la phase lutéale, la «phase après l’ovulation», et cessent dans la «phase folliculaire, la phase qui débute après les règles.
Les femmes réglées représentent toutes –pratiquement– ce genre de troubles mais à des degrés différents, peut-on ainsi dire qu’elles souffrent toutes des TDPM ?
Quand même pas. Seule une femme sur huit consultant pour un SPM présenterait un TDPM selon les critères du DSM-IV.
Ce trouble reste tout de même rare par rapport au syndrome prémenstruel. L’incidence du TDPM se situerait autour de 3 à 8% des femmes en âge de procréer, c’est-à-dire bien moindre que celles du SPM. Selon l’American college of obstetricians and gynecologists, 20 à 40% des femmes en âge de procréer présenteraient un SPM.
Nous savons qu’une hormone est responsable de ces changements hormonaux, sans plus d’explication. Les spécialistes ne trouvent pas la trace biologique capable d’élucider ce mystère, qu’en dites-vous ?
Les changements hormonaux sont impliqués dans la genèse du trouble, notamment les changements liés au taux d’œstrogènes, de progestérone et de Gonadotropin releasing hormone (GnRH).
Les dernières études montrent aussi une corrélation avec le taux de sérotonine qui est fortement bas dans le trouble dysphorique prémenstruel.
On note aussi une prédisposition héréditaire au syndrome prémenstruel et les femmes ayant déjà été victimes de dépression, d’une dépression post-partum (après accouchement) ou d’un trouble de la personnalité sont plus sujettes à risques.
Le diagnostic doit être long à faire, sur combien de mois s’étale-t-il et comment le faites- vous ?
Pour que ce diagnostic puisse être posé, il doit exister un intervalle libre de tous symptômes d’au moins une semaine dans la période suivant les règles. Le diagnostic est confirmé prospectivement en demandant aux patientes de noter les symptômes pendant deux cycles consécutifs. Il est important de confirmer ce diagnostic sur deux cycles menstruels :

Les signes cliniques sont :
1- Humeur dépressive marquée, sentiment de désespoir ou d’autodépréciation ;
2- anxiété marquée, tensions, impression d’être noué, tendu ou « nerveux » ;
3- labilité émotionnelle (par exemple : brusque sentiment de tristesse, d’envie de pleurer) ;
4- colère, et augmentation des conflits interpersonnels avec le mari par exemple, irritabilité ;
5- diminution de l’intérêt pour les activités habituelles :
6- difficultés à se concentrer ;
7- fatigabilité excessive, perte d’énergie marquée jusqu’à la léthargie ;
8- modification de l’appétit, parfois hyperphagie et envie impérieuse de certains aliments ;
9- hypersomnie ou insomnies ;
10- sentiment d’être débordée ou perte de contrôle ;
11- autres symptômes physiques : comme les maux de tête, tension ou gonflement des seins, douleurs articulaires ou musculaires, sentiment « d’enfler », prise de poids.

Il faut noter qu’il faut la présence d’au moins cinq de ces signes cliniques pour poser le diagnostic.
Quel traitement prescrivez-vous, une fois le diagnostic établi ?
Beaucoup de traitements sont proposés pour la prise en charge du TDPM. Personnellement, j’applique le modèle de Johnson : je propose trois étapes progressives selon la réponse de la patiente :
A. Dans la première étape : on conseille aux patientes des modifications diététiques avec une augmentation de l’apport en hydrates de carbone complexes (féculents, racines et tubercules, etc.), et une diminution du sucre, du sel, de la caféine. Ce régime alimentaire sera accompagné par des suppléments de calcium et de magnésium avec une augmentation de l’activité physique aérobic (cardio) et un style de vie visant une réduction du stress.
B. On passera à la deuxième étape : pendant 2-3 cycles, les patientes ne répondent pas à la première étape. On introduira alors un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (SSRI) qui est un antidépresseur. On pourra choisir entre un traitement discontinu ou continu pendant tout le cycle. En termes de rapport efficacité/coût, on pourra choisir d’administrer d’abord le traitement pendant la phase lutéale et en cas de non-réponse, on passera à un traitement quotidien.
C. En cas de non-réponse au traitement antidépresseur qui est une éventualité rare, on passera à la troisième étape et on introduira un traitement avec GnRH ou l’hormonothérapie.
D. Une psychothérapie à orientation cognitivo-comportementale est utile dans toutes les circonstances et sera recommandée comme thérapie adjuvante dans la deuxième et la troisième étape.
Dans la pratique clinique, on constate toutefois une efficacité indiscutable de la psychothérapie en général, surtout si elle est pratiquée par un médecin expérimenté dans ce domaine.
Dans certains cas spécifiques, la psychothérapie peut, d’ailleurs, s’avérer déterminante et résolutive.
Il va de soi qu’une étroite collaboration et la communication entre gynécologue et psychiatre est très importante et va être déterminante dans le pronostic.
Dr Yacine Moussi
Psychiatre psychothérapeute
40, avenue Ahmed Ghermoul
Sidi M’hamed, Alger
Tél. : 021 66 46 69

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