Lettre à mon fils

Lettre à mon fils

« Je me suis battue pour toi mon petit homme, pour qu’une fois grand, tu sauras que ta maman est une guerrière et qu’il suffit de désirer une chose très fort pour pouvoir l’atteindre.
Quand l’aventure a commencé, je n’avais que 23 ans, je te portais en moi, on était deux âmes dans un seul corps, et j’avais promis de ne jamais être cette femme ordinaire qui s’éteint peu à peu après son mariage et enferme ses rêves et ses ambitions dans une petite boîte enfouie dans un coin sombre de sa mémoire et laisser la poussière des années la couvrir.
J’avais alors annoncé à la grande famille que je voulais poursuivre mes études, et à ma grande surprise, on me l’avait méchamment déconseillé ! J’étais pourtant toute jeune, toute fraîche et déterminée. On me disait que j’allais t’abandonner de cette façon et que je ne serais pas une épouse dévouée, que j’allais abandonner mon foyer, ton père et toi. Ça me brisait le coeur, je pleurais discrètement tout en caressant mon petit ventre tout rond. Tout le monde se mêlait de mon choix, mais je n’avais pas baissé les bras. Je t’ai touché pour la première fois un 10 septembre, je t’avais regardé dans les yeux, et j’avais beaucoup pleuré, je savais que ça n’allait pas être facile, mais j’ignorais à quel point…
Après mon accouchement, j’avais perdu l’usage de mon pied droit et la plaie s’était infectée. C’était atrocement douloureux. Je rampais pour me rendre à la salle de bain. J’avais cru que je ne remarcherais plus jamais. Ton père me soulevait et je criai de toutes mes forces ; c’était horrible !
Entre temps. J’étais acceptée pour le Master, mais j’étais immobile ! Je ne pouvais plus marcher, je ne pouvais même pas te prendre dans mes bras, je te regardais dormir paisiblement chaque soir et j’essuyais mes larmes avec ta couverture pour que tu puisses les sentir, car tu étais le seul qui ressentait ma peine. Tu es une partie de moi, une partie de mon coeur et mon corps.
Après plusieurs consultations chez le médecin, j’ai commencé à me sentir mieux. J’ai repris le contrôle de mon corps, mais j’étais en retard

 pour mes cours et ça m’effrayait de devoir te laisser alors qu’on commençait à peine à se connaître, à se toucher et à respirer l’amour inconditionnel qu’on a l’un pour l’autre.
L’aventure a alors commencé. Concilier ma vie de maman avec celle d’une étudiante fut très rude.
Chaque soir on rentrait tard, je te faisais ta toilette, je te préparais ton biberon et je courais me changer pendant que je calais le biberon pour que tu puisses téter. Tout de suite après, c’est la cuisine. Une chose me tracassait : tes pleurs incessants. Tu souffrais de quelque chose, c’était évident.
Nous t’avons porté à l’hôpital, mais avant même d’arriver, tu commençais à lâcher. Tes yeux se sont peu à peu refermés, ton teint a pali et tu ne bougeais plus. Prise de panique, je commençais à hurler. Il ne fallait pas que tu partes. Il est hors de question. Nous avons beaucoup de choses à réaliser. Pas maintenant, s’il te plaît !
Très discrètement, tu as rouvert les yeux. Tu as pris une bouffée d’air et tu as décidé de revenir à la vie. De toute mon existence, je n’ai été reconnaissante comme à ce moment-là. Dieu venait de m’offrir une seconde vie, et je devais en faire bon usage.
Tu souffrais de bronchiolite, d’hernie ombilicale, de coliques et d’un problème de rein. Ça n’allait pas être facile, certes, mais à trois, nous allions tout combattre.
Aujourd’hui, j’ai terminé mon Master et j’ai même été classée première de ma classe. J’ai révisé dans la salle de bain, dans la cuisine et même à l’extérieur. Mais peu importe, je savais que si on désirait quelque chose, il fallait se l’arracher !
J’écris cette lettre à toi mon fils, mon homme et mon amour éternel. Si un jour tu te fixes un but, n’abandonne pas, tu as ça dans le sang, ne l’oublie pas. »
Ta petite maman

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