Mon papa c’est ma maman

Mon papa c’est ma maman

UN DIVORCE DANS L’AIR ET VOILÀ QUE LE FOYER SE DÉSINTÈGRE. DANS NEUF CAS SUR DIX, LES ENFANTS SUIVENT LA MAMAN. ELLE LES ÉLÈVE ET PREND SOIN D’EUX. POURTANT, IL EXISTE DES EXCEPTIONS.
Par Lydia Nesli

Toi mon papa, mon ami, ma maman, mon tout
Dans certaines familles, ce sont les papas qui s’occupent de l’éducation de leur progéniture après le départ des mamans, celles-ci n’ayant pas souhaité les prendre en charge pour diverses raisons : remariage, long voyage, carrière… Adlène et Samia ont assisté au départ sans retour de leur maman. Des années plus tard, ils racontent…
Adlène (28 ans) a grandi sans la chaleur et l’affection de sa maman. C’est son père qui s’est occupé de son éducation. «Lorsque mes parents ont divorcé, j’avais à peine trois ans. Je ne comprenais pas très bien pourquoi mon père et ma mère se séparaient. Ma mère s’en est allée de la maison et c’est mon père qui a veillé sur moi en endossant les deux costumes : celui du papa et celui de la maman. Je ne voyais ma mère qu’occasionnellement. Elle est retournée en France auprès de sa famille et a repris des études en esthétique. J’ai toujours vu mon père se démener comme un diable afin que je ne manque de rien. Il a cuisiné pour moi, m’a donné le bain, soigné mes bobos, aidé à faire mes devoirs, emmené en balade. Ma grand-mère et mes tantes lui prêtaient main forte quelquefois. Quand j’ai eu 16 ans, mon père s’est remarié. Avec ma belle-mère, ils ont eu deux enfants. En gagnant en maturité, j’ai voulu connaître la vérité. Pourquoi ma mère ne s’était pas battue pour me garder auprès d’elle. Cette question me taraudait l’esprit. A l’occasion d’une discussion sur Skype, je la lui posais. Gênée, elle s’est mise à tergiverser, balbutier et tourner autour du pot. ‘’J’étais jeune et j’ai subi la pression de mes parents qui m’ont ordonnée de te laisser à la charge de ton père après notre divorce. A cette époque, je n’avais aucune autonomie financière. Je dépendais entièrement d’eux.’’ J’étais anéanti par ces révélations. Pour moi, c’est une occasion d’amour ratée entre une mère et son enfant. Elle aurait dû se battre pour me garder. D’autres mamans l’ont fait. Je n’ai aucun lien affectif avec ma mère biologique. En revanche, je suis très proche de mon père. Je lui serais éternellement reconnaissant de s’être sacrifié pour moi. Il a même tardé à refaire sa vie de peur de m’imposer une marâtre qui m’aurait fait subir un mauvais traitement. Mon père, finalement, c’est aussi la mère que je n’ai pas eue.»
Maman, où t’es ? Où t’es maman ?
Samia (35 ans) voue à son père un amour incommensurable. «Je revois encore son rire quand il me prenait mon bain, nous confie-t-elle. Il faisait des bulles avec le savon pour me faire rire et me détendre car j’avais une sainte horreur de l’eau. Prendre un bain représentait un calvaire pour moi. Je pleurais en me débattant, refusant de me déshabiller. Sur ce chapitre, ma petite soeur lui causait moins de soucis. Elle et moi avons été élevées par notre père. Mon papounet. L’amour de ma vie. On nous avait dit que notre mère avait refait sa vie et qu’elle avait une grande carrière à poursuivre. Quand j’ai commencé à comprendre les choses, je me suis emportée : ‘’C’est donc ça la vie ? Faire des enfants et les abandonner ?’’ Mon père s’est sacrifié pour nous garder près de lui. Il nous a aidées à grandir et à réussir dans nos études. Ce n’était pas facile tous les jours, mais l’amour qu’il nous portait a été son moteur. Des années plus tard, notre mère biologique a tenté de reprendre contact avec nous. J’ai bien essayé de lui faire une place dans mon coeur mais ça n’a pas collé. Impossible de lui pardonner d’avoir fait passer sa carrière et l’amour d’un autre homme avant nous, ses propres enfants. Aujourd’hui, j’ai fondé mon propre foyer, mais mon père est au centre de ma vie. Il s’est plié en quatre pour nous. Tout ce qu’on fera ma soeur et moi pour lui ne sera jamais suffisant. Je suis là pour lui tous les jours : soins, démarches administratives, loisirs. Il fait partie intégrante de ma vie. L’amour filial ne se perd jamais quand on a su le cultiver jour après jour. C’est l’une des plus belles choses en ce bas monde. »
Un joli sacrifice, un geste d’amour qui force l’admiration. Jouer le rôle du papa et de la maman est loin d’être une sinécure. Mais ces coeurs vaillants ont prouvé que rien n’est impossible pour peu que l’amour soit là. De belles histoires avec un happy end, ça fait du bien !

«POURQUOI MA MÈRE NE S’ÉTAIT PAS BATTUE POUR ME GARDER AUPRÈS D’ELLE... A L’OCCASION D’UNE DISCUSSION SUR SKYPE, JE LA LUI POSAIS. GÊNÉE, ELLE ME DIT : ‘’J’ÉTAIS JEUNE ET J’AI SUBI LA PRESSION DE MES PARENTS QUI M’ONT ORDONNÉE DE TE LAISSER À LA CHARGE DE TON PÈRE APRÈS NOTRE DIVORCE ’’», RACONTE ADLÈNE.

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