Ces hommes qui vivent chez leur belle-famille

Ces hommes qui vivent chez leur belle-famille

ILS ONT RENVERSÉ LA VAPEUR, INVERSÉ LA DONNE, DÉFIER LA TRADITION. APRÈS LE MARIAGE, ILS SE SONT INSTALLÉS CHEZ LEUR BELLE-FAMILLE. COMMENT CES HOMMES VIVENT-T-ILS CETTE SITUATION ? SONT-ILS BIEN DANS LEUR TÊTE ET DANS LEURS BASKETS ? LEUR LIBERTÉ ET LEUR AMOUR-PROPRE N’ONT-ILS PAS PRIS UN COUP DE MARTEAU ? QUEL EST LE POINT DE VUE DE CES HOMMES. TÉMOIGNAGES.
Lydia Nesli

Les raisons sont multiples : problème de logement, beaux-parents âgés et dépendants. La solution était là. Comme une évidence. Une chambre dans l’appartement, un studio dans le jardin et l’affaire est bouclée. Voilà. Monsieur vit avec sa femme chez sa belle-famille. Mais cette situation est-elle vraiment supportable pour Monsieur. Est-il heureux de cohabiter avec les parents de son épouse ? A-t-il les coudées franches par rapport à l’éducation de ses enfants et à la gestion de sa vie privée en général. Quelle sont les avantages et les inconvénients de ce genre de cohabitation ? Eléments de réponses.
Marcher sur des oeufs
Riad,42 ans, n’a pas le choix. Ces fiançailles se sont éternisées et sa belle- famille lui a mis la pression. « Venez à la maison, il y a de la place ! Et quand vous aurez votre logement Allah Issahel». La vérité c’est que Riad n’est vraiment pas à l’aise avec ce mode de vie. «Même lorsque j’ai un différend avec ma femme, je ne peux pas le régler tranquillement sans que mes beaux-parents mettent leur grain de sel dans nos chamailleries. L’éducation de mes enfants m’échappe aussi à cause de l’interférence de ma belle-mère qui se prend pour Françoise Dolto. De son côté, ma compagne profite de cette situation. Madame se sent pousser des ailes et peut compter sur le soutien de ses parents lorsque je n’adhère pas à ses projets. Eux savent très bien y faire ! Ils se placent en bouclier entre leur fille et moi, prenant sa défense comme un tenor du barreau. Vivre chez la belle-famille pour un homme ce n’est pas la joie. On ne peut pas prendre ses aises, inviter sa famille ni se sentir vraiment libre. L’impression de toujours prendre des gants, de marcher sur des oeufs, de faire attention à ne rien bousculer ni déranger. On n’oublie pas qu’on n’est pas chez nous. Jamais !»

Adieu liberté, je t’aimais bien !
Saïd,39 ans, a également accepté l’offre de sa belle-famille : occuper le studio du jardin avec sa femme. «Les locations ont grevé notre budget. Cette hémorragie a duré cinq ans. Lorsque notre petite Yasmine est née, ma belle-famille nous a proposés d’emménager dans leur studio vide. Agés et souvent malades, ils ont vu leurs enfants partir l’un après l’autre pour s’installer à l’étranger. D’un point de vie pécuniaire, nous sommes plus à l’aise, c’est vrai. Cependant, notre vie de famille est complètement chamboulée. Nous n’avons presque plus d’intimité. Ma belle-mère se montre envahissante et s’incruste tout le temps chez nous. Il faut aussi gérer les sorties du week-end et des vacances. Demander l’avis des beaux-parents, leur proposer de nous accompagner alors qu’au fond on n’a envie que d’une seule chose : rester entre nous. La cohabitation c’est compliquée ! Elle ne laisse pas de place à l’épanouissement ni à l’intimité de notre couple.»

Basta la cohabitation avec belle-maman !
Mahfoud,34 ans, n’aurait jamais imaginé vivre un jour sous le même toit que sa belle-famille. «Dans notre société, c’est la ‘hchouma’ quand un homme réside chez les parents de sa femme. Chez sa famille à lui, ça passe comme une lettre à la poste aux yeux des gens, des amis, de l’entourage. D’ailleurs, c’est très courant en Algérie, mais habiter chez sa belle-famille, ça coince. C’est culturel. Mais le contraire est assez mal vu. Jeune marié, je ne me sens pas très à l’aise dans ce schéma. Mon amour-propre en a pris un sacré coup. Ma femme ne ménage pas ses efforts pour me mettre à l’aise, mais je ne suis pas dans mon élément. Comme le dit le dicton, «Mieux vaut un petit chez-soi qu’un grand chez les autres». C’est vrai, on fait des économies. C’est vrai, il y a de l’ambiance, mais la liste des inconvénients n’est pas exhaustive : l’obligation de tenir la conversation quand vous voulez faire une sieste, l’obligation de demander la permission pour accueillir famille et amis, le manque d’intimité avec sa moitié, l’absence de liberté tout court. Tout bien pesé et réfléchi, je vais dire basta à ce mode de cohabitation et chercher une location. Il y va de l’épanouissement de mon couple et même de ma santé mentale.»
Il y a un réel mal-être chez ces maris qui ont accepté de s’installer chez leurs beaux-parents, faute de moyens. En dépit de cette situation, ils essayent de donner le change en affichant un sourire de façade. Il ne faut surtout pas froisser ceux qui leur offrent l’hospitalité. Mais au fond de leur tête, toujours le même dessin : une petite maison avec la femme de leur vie, plus les enfants. C’est tout ! Un rêve qu’ils caressent du bout des doigts en murmurant, ‘‘demain peut- être, inchallah !’’

MAHFOUD (34 ANS) N’AURAIT JAMAIS IMAGINÉ VIVRE UN JOUR SOUS LE MÊME TOIT QUE SA BELLE-FAMILLE. «DANS NOTRE SOCIÉTÉ, C’EST LA ‘HCHOUMA’ QUAND UN HOMME RÉSIDE CHEZ LES PARENTS DE SA FEMME.

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