Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis

Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis

ELLES ONT REFUSÉ DE SE SOUMETTRE AU DIKTAT, À L’AUTORITÉ D’UN PÈRE, D’UN FRÈRE OU D’UN MARI. CONVAINCUE QUE CETTE DOMINATION ÉTAIT INJUSTIFIÉE, VOIRE ABUSIVE, CES FEMMES SE SONT JETÉES DANS LA BATAILLE ET ONT SORTI LEURS GRIFFES À UN MOMENT OU UN AUTRE DE LEUR VIE. CES RÉVOLTÉES ONT CROISÉ LE FER ET ARRACHÉ CETTE LIBERTÉ CONFISQUÉE. TÉMOIGNAGES…
Par Lydia Nesli

Avoir le dernier mot

«Je ne devais jamais franchir le seuil de la maison sans chaperon, même pour aller faire une petite course. Dès le premier jour de notre mariage, mon mari avait été clair, raconte Bahia, 58 ans. Ce jour-là, ma fille de 3 ans avait une forte fièvre. Il y avait une pharmacie à une centaine de mètres de chez moi. Je n’allais pas la laisser dans cet état. Je m’y suis, donc, rendue pour demander conseil au pharmacien et acheter une boîte de Catalgine. Lorsque mon époux l’a appris, il s’est emporté contre moi. ‘’Tu m’as désobéi. Tu es sortie toute seule’’. Une gifle a claqué sur ma joue. J’avais 28 ans. Je me suis sentie humiliée, méprisée, incomprise. Quelle faute avais-je commis ? Où était le drame ? Au lieu de me taire, je me suis rebellée. Je n’avais plus peur de lui. Désormais, je franchirai le seuil de la porte sans demander sa permission. Mon mari a encore gueulé. Il a juré ses grands dieux, m’a traitée de tous les noms et ne m’a pas adressé la parole pendant plusieurs semaines. Stoïque, je lui ai tenu tête. Quelques jours plus tard, je me suis rendue au marché pour effectuer des courses. J’ai mis mes sachets bien en évidence sur la table de la cuisine. Je voulais que mon conjoint comprenne mon message. Il n’a rien dit. Depuis ce jour, j’ai retrouvé ma liberté.»

J’ai gagné la guerre à 20 ans

Nabila, 47 ans est entrée en guerre contre son père quand elle était adolescente. «A 14 ans, j’étais en échec scolaire. Mon père en a profité pour m’enfermer à la maison. Pas de sortie. Rien ! Walou ! Sauf pour aller à une fête familiale. Privée d’oxygène, je dépérissais. Mes journées se résumaient à faire le ménage, à préparer les repas et veiller au bien-être de mes petits frères. J’ai vécu ainsi pendant six ans. Un jour, j’ai pris une décision. Je voulais apprendre un métier. J’en ai parlé à ma mère. Elle m’a recommandée d’oublier cette idée. Mais je l’ai tellement harcelée, qu’elle m’a laissée sortir pendant que mon père était au travail. J’ai frappé à toutes les portes à la recherche d’un stage et finalement, la patronne d’un salon de coiffure a accepté de m’engager comme ouvrière. J’étais si contente ! C’était la veille d’un week-end. ‘’Comment diable allais-je l’annoncer à mon père ?’’, me suis-je demandé. Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains. Après dîner, je lui ai annoncé que je désirais avoir un métier et que l’opportunité d’apprendre la coiffure s’était présentée à moi. ‘’C’est un milieu où il n’y a que des femmes, le rassurai- je.’’ Mon père est entré dans une colère noire. Il a menacé ma mère de divorcer. Je ne me suis pas dégonflée en dépit des supplications de ma maman. Elle voulait que je renonce à ce projet et que j’attende la venue d’un prétendant pour me caser. J’ai résisté. Il n’était pas question que je reste claquemurée. Il fallait avancer dans la vie. J’ai appris le métier de coiffeuse en commençant par des petites tâches ingrates : balayer, faire des shampoings… Mais grâce à ma persévérance, j’ai très vite appris à faire des brushings, des coupes, des colorations… Désormais, j’avais un salaire. En me voyant prendre en charge mes dépenses et celles de mes petits frères, mon père a changé d’avis. L’aide financière que je lui apportais lui a fait voir les choses sous un autre angle. J’ai gagné ma liberté en m’imposant. Les droits ne se donnent pas toujours. Il faut les arracher. C’est ce que j’ai fait à l’âge de 20 ans !»

La ténacité paye toujours

Se défaire de l’autorité d’un frère, d’un père ou d’un époux est une grande bataille. « Après le bac, confie Safia, 35 ans, mon père a décrété que j’avais atteint un degré acceptable d’instruction. Je devais me préparer à devenir une fée du logis, puisque mon cousin avait des vues sur moi. Mes deux grands frères étaient du même avis. Mais moi, je ne l’entendais pas de cette oreille. J’étais une brillante élève. Pourquoi fallait-il que je renonce à mes rêves ? Pour me sortir de là, j’ai sollicité l’appui de mon grand-père paternel. Il était tolérant et ouvert d’esprit. Mon grand-père plaida ma cause. Enfin, ses paroles ont pesé. J’ai pu étudier le droit à l’université. Et quand j’ai exprimé mon souhait de poursuivre mes études en France, nouvelle levée de bouclier à mon encontre. Alors, j’ai préparé mon voyage dans le plus grand secret. Seules ma mère et mes soeurs étaient dans la confidence. J’avais leur indéfectible soutien. Ma mère m’a remis toutes ses économies. Je n’ai rien dit à mon père. J’ai débarqué à Paris. Je me suis battue comme une lionne pour réussir. C’est ma mère qui a essuyé la colère de mon père. Lorsque les vacances d’été sont arrivées, je suis rentrée à Alger. J’ignorais quel accueil mon père me réservait. Cependant, j’étais prête à l’affronter. Mes arguments : mes bonnes notes et le bel avenir qui se dessinait pour moi. Finalement, mon père fut très heureux de me revoir. Il était même fier de ma réussite. Voilà comment j’ai réussi à renverser la vapeur en ma faveur.»
Pour beaucoup de femmes, la liberté a le goût des larmes. Petites batailles gagnées au sein de leur famille où les mâles ont voulu les étouffer. Et, finalement, une réussite qui valait le coup de résister et de s’opposer.

«J’AI PRÉPARÉ MON VOYAGE DANS LE PLUS GRAND SECRET. SEULES MA MÈRE ET MES SOEURS ÉTAIENT DANS LA CONFIDENCE... J’AI DÉBARQUÉ À PARIS. JE ME SUIS BATTUE COMME UNE LIONNE POUR RÉUSSIR. C’EST MA MÈRE QUI A ESSUYÉ LA COLÈRE DE MON PÈRE.»

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