Une amitié toxique

Une amitié toxique

«J’ai toujours pensé que l’amitié était essentielle, voire capitale
quand on veut être toujours entourée et soutenue, surtout quand
on est mariée et inactive, professionnellement parlant. On a
besoin d’être estimée par une personne qui serait assez spéciale
pour nous. C’était totalement mon cas, j’étais mariée, maman de deux
petites jumelles, et complètement délaissées par leur papa. Je ne
pouvais bien respirer qu’en me réfugiant dans une autre relation que je
croyais innocente. Seulement, l’amitié c’est souvent la roulette russe, elle
peut vite devenir un harcèlement.
Fragile, influençable et souffrante, je ne pouvais absolument pas voir
que la relation que j’entretenais avec cette jeune femme pouvait avoir
une influence néfaste sur moi, et c’était d’ailleurs cela le piège.
Afin de fuir mon lourd quotidien, je m’étais inscrite dans une école de
langue pour m’occuper les idées comme je le pouvais. J’avais donc
rencontré une personne avec qui je n’avais pas tardé à créer des affinités.
Par la suite, elle est devenue ma meilleure amie, à qui je me confiais
sans retenue et sans gêne aucune. Sans m’en rendre compte, cette
relation avait aussi un côté très malsain, on arrivait à s’aimer autant
qu’on arrivait à se détester. J’adorais notre complicité, notre proximité
du fait que je pouvais me confier, mais d’un autre côté, je détestais son
côté femme qui était trop affirmée et fatale à mon goût. Par ailleurs,
c’est cette personnalité qui faisait que je détestais l’image qu’elle me
renvoyait de moi-même.
Je le reconnais, je n’existais que dans son ombre, et en même temps, je
préférais cette relation qui était pour moi une échappatoire. Elle, c’était la
femme dépendante et intelligente, et moi, celle sans dignité qui occupait
la petite chaise au fond de la classe, et qui se transformait en femme
de ménage une fois à la maison. Autrement dit, son parfait contraire. Ce

qui me donna envie en quelque sorte de vouloir lui ressembler à tout prix.
J’écoutais attentivement et appliquait à la lettre ses conseils, et plus le
temps passait, plus je délaissais mon foyer, les confiant à ma mère. Je
voyais de moins en moins mes filles, je ne prêtais presque plus attention
à mon mari et à ce qu’il me faisait subir. Mais je ne voyais rien de tout ça
arriver car je vivais à travers elle.
Un jour, je rentre des cours, je trouve mon mari assis sur le canapé,
je croyais qu’il était prêt à entamer une longue discussion avec moi.
Ce n’était pas le cas, car il m’avait dit tout bonnement et de manière
sèche : «Je t’ai fait souffrir, mais tu as fait pire en délaissant nos filles
et ton foyer.» Je répondais clairement que j’acceptais sa décision et
que de toutes les manières, il y a bien longtemps que la flamme s’était
éteinte entre nous. Une déclaration purement fabriquée par mon amie
qui m’avait préparée pour ce jour. N’ayant pas changé, vvvvvvvj’aurais
certainement réagi autrement. Mais je me devais d’être forte et idéale,
comme elle.
Un beau jour, je décide de faire une surprise en allant récupérer mes
filles de l’école. A la sortie, toutes les deux ne semblaient pas contentes
de me voir. En essayant de communiquer avec elles, toutes les deux me
déclarent ne plus me reconnaitre. Et c’est à cet instant que je me me sois
rendue compte que j’avais détruit ma vie par moi-même. J’avais donc
décidé de mettre fin à notre amitié, lui faisant comprendre que je ne
voulais plus être entrainée dans sa déchéance. Je repris ma vie et mon
rôle de maman petit à petit et cela grâce à ma mère. vvvvvvvvCe que j’en
retiens, l’amitié c’est souvent une arme à double tranchant.»
Sihem, 30 ans

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page