Alger, médina inhospitalière ?

Alger, médina inhospitalière ?

Alger la Blanche, cité des Beni Mezghenna et ville de Sidi Abderrahmane est décrétée, selon une étude britannique spécialisée
parue au mois d’août 2018 dans The Economist intelligence Unit, l’une des dix capitales les moins vivables dans le monde. Sur 140 mégalopoles, Alger se vautre dans la 135e place, derrière des capitales de pays africains réputés pauvres, du moins beaucoup moins nantis. Conditions sanitaires, infrastructures, cadre de vie, sécurité, transport et environnement sont entre autres paramètres
sur la base desquels les promoteurs de l’enquête arrêtent le rang de la ville. S’il est déplacé de comparer Alger à Vancouver, Melbourne, Helsinki ou Vienne qui caracolent en tête des cités où il fait bon vivre, il serait inconvenant de ne pas se mesurer à des
capitales arabes du Bassin méditerranéen, des villes qui offrent des conditions et un cadre de vie agréables. En témoigne le taux de
tourisme qui afflue vers les villes comme Tunis, Marrakech, Tanger, Istanbul, Beyrouth ou encore Tel-Aviv qui, en dépit des violences
au quotidien, demeure la destination la plus prisée de la région du Proche-Orient. Morcelée en plusieurs Epic, l’administration
de la wilaya d’Alger a du mal à accorder ses violons en matière d’harmonisation urbanistique, de salubrité urbaine, de valorisation
des espaces, de gestion administrative efficiente et de projection infrastructurelle fiable. L’absence de coordination entre les services
concernés est, on ne peut plus patente. Les carences relevées par ci-par là en termes de propreté de la cité demeurent le talon
d’Achille d’une administration qui ahane. Qui avance à reculons.
Qui s’essouffle. Il est un lieu commun de dire que la fawdha règne en maître des lieux depuis les deux dernières décennies au sein de la géographie des 57 ‘baladias’ d’Alger, gérées par des édiles moins regardants sur les risques sanitaires et peu enclins à l’effort
devant l’absence d’initiative, voire l’inertie de la société civile qui a désappris l’écogeste… Tandis que les autorités locales dénoncent
l’incivisme des administrés, ces derniers mettent en cause le modus operandi des services de collecte et de nettoiement dont les camions bennes dégoulinants et pestilentiels font l’impasse, faut-il dire, dans certaines artères, ne jugeant pas utile de les sillonner. Le mal réside-t-il dans la gestion de Netcom et Extranet ou doit-on l’imputer au défaut de l’’écocitoyenneté ? Sommes nous
tenus de constater que la problématique de la propreté de la ville relève de la quadrature du cercle ? Le paysage urbain et suburbain est on ne peut plus hideux : nombre d’ouvrages d’art comme les lits d’eaux pluviales sont congestionnés par la gadoue qui s’y frotte ‘’allègrement’’ au spectacle de nos rues, ruelles et venelles, bouffées de jour comme de nuit par une scénographie fangeuse. Des parcours publics ne sont fardés qu’à l’approche de quelque venue d’officiels, pour leur donner fière allure. Et puis, plus rien ! Décidément, quelque chose ne tourne pas rond dans la gouvernance de notre mégalopole qui pâtit d’un décor aussi repoussant que crade. Ce qui confine à l’étrangeté, plus on injecte les moyens humains et matériels pour rendre moins lugubre le cadre de vie, plus l’espace public donne le haut-le-coeur… A dire vrai, le mal est si profond qu’on n’arrive plus à le gérer, même si le programme Blanche Algérie que résument les grands projets restructurants de la capitale est mis en branle depuis quelques années pour rendre moins inhospitalière la médina d’El Djazair, à défaut de lui restituer sa belle image d’autrefois.
Abdelmadjid Ben Tchoubane

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