Bent el familia Ça veut dire quoi ?

Bent el familia Ça veut dire quoi ?

Qui est donc cette ‘bent eness’ ou fille de bonne famille recherchée désespérément par les hommes une fois que l’idée de fonder un foyer leur vient à l’esprit ? Y a-t-il donc de bonnes et de mauvaises familles ? Nous avons reccueilli des témoignages de femmes et d’hommes pour mieux cerner ce critère très en vogue.
Par Sarra Safar Bati et Sara Zabot

«Depuis toujours, c’est moi qui achète les cigarettes pour mon père au bureau de tabacs du quartier. Le vendeur sait exactement ce que je vais prendre sans même le lui demander. Je le fais naturellement et sans aucun complexe devant les autres voisins. Un jour, on est venus demander ma main. J’étais heureuse et contente de me marier. Tout se passait bien, sauf qu’un jour la famille du garçon a décidé de mettre un terme à tout ! Sous le choc, j’exige à ce qu’on me dise la cause. Et là, le choc total : après qu’on a demandé après moi dans le quartier, les gens leur ont dit que j’étais une grande fumeuse et donc ’Machi bent familia’ !»
Shirine, 31 ans.
«Ce qui m’exaspère, c’est quand je suis en famille et qu’on me sort :‘’T’as vu ta cousine Mimi tout ce qu’elle sait faire. Elle fait des mhadjeb, du baghrir, la douara, les gâteaux de l’Aïd et beaucoup d’autres trucs. Une vraie bent familya’’. Et là, je crie dans ma tête : ‘’Vous voulez un dessin de tout ce qu’elle sait
faire à son mec aussi ?’’»
Manel, 22 ans.
«‘Tbanli bent familia’ ! Une expression qui me fait sortir de mes gonds. Comment, peut-on s’il vous plaît, paraitre une ‘bent famylia’ ou non ? Pourquoi, celles qui ne le paraissent pas n’ont-elles pas de gènes humains ? Ne sont-elles pas conçues par une femme qui, elle, a été mise au monde par une autre ? On a
toutes une familia, et si cette expression porte une autre explication, je préfère ne jamais le savoir !»
Amira, 19 ans.
«Mon mari me fait rire quand il me dit : ‘‘Moi, au moment du mariage, j’ai laissé ma mère choisir pour moi, jamais je n’aurai épousé une fille qui a déjà été avec quelqu’un’’. Ce qu’il ignore c’est que j’ai bien eu des conquêtes avant lui… Loupé belle-maman ! (rire).»
Yasmine, 29 ans.
«Une fille de bonne famille, c’est exactement une fille aussi naïve que moi, qui se plie en quatre, pour bien nourrir son mari, bien s’occuper de sa maison, toujours être tirée à quatre épingles, et qui se retrouve à la fin trompée par son mari avec une fille des rues.»
Djihane, 45 ans.
«Une fois j’étais dans le bus, assise à l’arrière de deux jeunes hommes âgés d’une trentaine d’années. Tous les deux discutaient et partageaient leurs différentes expériences avec de nombreuses conquêtes ; chacun se vantait d’avoir côtoyé, fréquenté et connu pleines de jeunes femmes. Jusque-là, je ne
trouvais rien de choquant, mis à part leur immaturité d’exposer leur passé de cette façon. Mais à la fin du sujet, je n’ai eu qu’une seule envie, c’est de me lever et leur donner une claque chacun quand j’ai entendu l’un d’eux dire à l’autre : “Certes, j’ai tout fait dans ma vie, aucune femme ne pourra plus me surprendre, mais arrivé au mariage, je demanderais à ma mère de me chercher une femme qui ne saura manipuler une télécommande”. Il pense vraiment que seule une villageoise qui n’a pas eu la chance de faire des études, d’être indépendante et profite de ses droits de femme qui est ‘bent familia’.»
Salima, 48 ans
«Un jour, on est parties demander la main d’une jeune fille à mon cousin. Arrivées chez la famille, c’était sa soeur qui nous a ouvert la porte avant de nous faire installer. Elle était très souriante et très sympa, nous l’avons adoré, sauf mon cousin dont le visage s’est tout de suite décomposé. Très mal à l’aise,
nous ne sommes pas restés pour le café, même la future mariée, nous l’avons vue que pour 5 mn. Dès que nous avons pris congé de la famille, mon cousin très énervé nous déclare que c’est la dernière fille qu’il souhaiterait épouser parce que sa soeur n’était pas une bent familiya, car elle a l’habitude de fréquenter beaucoup d’hommes et qu’elles étaient certainement pareilles.»
Sarah, 36 ans
«Lors d’une soirée organisée par l’entreprise où je travaille, j’ai rencontré un ancien collègue avec qui je collaborais souvent via ma boîte mail. Avant cela, nous ne nous étions jamais rencontrés. En discutant, il me demande mon Faceboook, je lui dis alors que je n’en avais pas et que nos collaborations allaient se suivre par mail comme d’habitude.
Avec enthousiasme, il me répond : ‘’Ah, t’es une fille à marier ! De nos jours, rares sont les ‘bnat familia’ qui n’ont pas de Facebook.’’ A son avis, une fille active sur les réseaux sociaux n’est pas une ‘bent familya’ et donc pas faite pour le mariage.»
Nessma, 26 ans
«Mon oncle a épousé une femme qui avait une réputation assez mauvaise, avec un passé très compliqué. Presque toute la famille s’est opposée à leur union, mes grands-parents l’ont même nié et ne voulaient plus entendre parler de lui ni de sa femme.
Rassuré et confiant de sa décision, il a préféré faire sa vie et fonder une famille avec deux magnifiques enfants. Quelques années sont passées et pourtant rien n’a changé ; ma grand-mère est ensuite tombée malade, elle avait fait un AVC qui l’avait complètement paralysée. C’était très dur de s’occuper d’elle,
mes tantes cherchaient souvent des excuses pour ne pas le faire, ainsi que tout le reste de la famille. Et c’est la femme à mon oncle, une femme que tout le monde avait détestée qui avait pris la décision de la prendre chez elle et de prendre soin d’elle jusqu’à son dernier souffle. Tout le monde avait changé d’avis sur elle et disaient : ‘’C’est une vraie Fahla et bent familia’’.»
Amel, 30 ans
«Je suis allée prendre un café avec l’un des collègues à ma soeur qui, selon elle, avait craqué pour moi. On s’installe tranquillement à table et on commence à faire connaissance, il me complimente, et se montre intéressé pour qu’on construise quelque chose de sérieux. Je lui demande alors ce qui lui plaît le
plus chez moi ! Et il me répond que c’est parce que je suis la ‘bent familia’ qu’il recherchait, car je n’avais pas connu d’homme et que ce sera lui le premier dans ma vie. Moi, dans ma tête, je lui disais : ‘‘Tu es mon troisième rendez-vous. Aujourd’hui, je n’ose même pas te dévoiler le nombre d’hommes que j’ai
connus avant toi.’’ J’ai quand même 33 ans, je reste ‘bent familiya’ même si j’ai connu des hommes dans ma vie. Cela ne m’empêchera pas de fonder un foyer et d’être stable plus tard. La preuve, j’ai fini par l’épouser.»
Leila, 33 ans

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