Cancer du sein : «Elles ont continué à s’aimer»

Cancer du sein : «Elles ont continué à s’aimer»

Se reconstruire après un cancer du sein n’est pas toujours une évidence. Pourtant ,
plusieurs sont passées par ce long et épuisant chemin. Elles ont traversé bien des
embûches pour par venir, enfin, à se relever après une lutte féroce contre une maladie
qui s’est install ée insidieusement. Elles témoignent…
Par Dalila Soltani

On a l’impression que cela n’arrive qu’aux autres, mais quand le verdict
de la maladie tombe, on est choquée, atterrée et effrayée. Tout son monde
s’écroule face au cancer du sein, à la chimio, à l’amputation. La maladie
ne remet pas juste en question l’état physique de la malade, elle affecte
son image de soi, sa sexualité et son moral se voit du coup ébranlé. On
peut survivre aujourd’hui à un cancer du sein, mais le plus dur reste de
se reconstruire après.
«Je n’ai jamais renoncé à ma féminité»
Mère d’un garçon, l’annonce de la maladie était un véritable tsunami
dévastateur. A son âge, elle ne se doutait point qu’elle pouvait contracter
une pareille maladie. «Mon enfant avait à peine 2 ans quand j’ai
découvert ma maladie. Toute ma vie était perturbée à cette époque.
J’avais peur de mourir. Je redoutais surtout de vivre sans sein, de
devoir perdre mon époux, de supporter les séances exténuantes de la
chimiothérapie, de perdre mes cheveux, de vieillir vite, de ne pas voir
mon enfant grandir. Des peurs, j’en avais chaque jour. Tout allait vite
pour moi. Je devais annoncer à ma famille ma maladie, mon enfant jeune
ne comprenait rien, mais je me devais de le préserver. Mon mari s’était
montré extrêmement présent et rassurant. Il m’accompagnait dans
toutes les démarches. Pendant mes séances de chimio, il était là à me
protéger. Même notre vie sexuelle était plus épanouie que jamais. Il me
faisait sentir ma féminité, son désir pour moi ne diminuait pas. J’avais
besoin d’être aimée, d’être touchée pour me sentir femme en dépit de
mon cancer. J’ai pu, après 10 mois de traitement, revenir chez moi. Mon
médecin m’a rassurée en m’annonçant que je pouvais reprendre ma vie
à nouveau. La reconstruction n’a pas été facile. Par moments, j’avais
envie de tout plaquer, de quitter mon mari, de changer de boulot. J’ai été
aidée par une psychologue. Aujourd’hui, je reconnais m’être bien battue
contre le cancer grâce au soutien de ma famille.»
Nadia 32 ans.

«J’ai pris le temps de me reconstruire»
«J’avais 25 ans quand j’ai découvert que j’avais une boule au niveau
du sein droit. Elle ne dépassait pas la taille d’un ongle de pouce. Je n’ai
pas prêté attention au début, croyant qu’il s’agissait de quelque chose
de bénin. Au bout de six mois, la boule avait doublé de volume. C’est là
que j’ai décidé de me rendre chez mon médecin. Ce dernier me rassura
au départ, mais me demanda une série d’examens : échographie,
mammographie et une petite biopsie. Au bout du compte, j’avais
finalement un cancer du sein qui était au stade 3. L’annonce fut une
des étapes l es plus difficiles,
et de loin ! Quand on
m’annonce mon cancer, je
tombe de haut. Mon
combat face à la maladie a
commencé et ça n’allait pas
être facile. J’ai enchainé les séances de chimiothérapie, 8 cures de
chimio, toutes les 3 semaines pendant 2 jours. Je supporte plutôt bien
ma chimio, mais je ne travaille plus, je peux me reposer chez moi. Je
fais du footing chaque matin pour rester en forme et ne pas sombrer.
Je savais que ça n’allait pas, mais je n’avais pas le droit de baisser les
bras. Je voulais vivre. Au fur et à mesure que la date de l’intervention
s’approchait, je me sentais très mal. Après 7 mois de chimiothérapie, j’ai
subi une mastectomie (ablation du sein) et un curage. J’ai commencé la
radiothérapie qui était pour moi plus éreintante que la chimiothérapie.
Le chemin n’était pas facile, mais j’ai pu me reconstruire grâce à ma
volonté. Ma mastectomie aurait pu être une fatalité pour moi. J’ai perdu
un sein, mais j’ai gagné la vie de toute façon. Je ne peux me plaindre.»

Karima, 27 ans.

« Avant de commencer ma chimiothérapie, personne ne m’avait dit à quel point cela pouvait être très fatigant.»

«Le cancer du sein m’a rapprochée de mes enfants»
«Quand le cancer du sein frappe une maman, elle est loin de penser à
elle-même, mais plutôt à ses enfants. Comment annoncer la nouvelle à
mes petits, voilà une question très difficile ? Face à mes deux enfants
de 7 et de 3 ans, je me sentais impuissante. Si le premier pouvait
bien comprendre de quoi il s’agissait, le second ne comprenait rien.
J’avais la chance d’avoir des enfants jeunes. Avant de commencer ma
chimiothérapie, personne ne m’avait dit à quel point cela pouvait être
très fatigant. Je me retrouvais K.-O. Je ne pouvais plus jouer avec mes
enfants et encore moins les emmener à l’école. J’avais une seule envie :
dormir et j’étais constamment épuisée. Dans toute cette tumultueuse
existence, je ne me sentais pas coupable, car le cancer m’était tombé
dessus sans crier gare. J’étais quand même privilégiée, car j’avais une
chance que peu de femmes avaient : un mari extrêmement attentionné
et une nounou qui s’occupait de mes gamins quand ça n’allait pas.
Par contre, je profitais de chaque instant pour passer du temps avec
mes enfants et les envelopper d’attention et de câlins quand j’en avais
les moyens. J’ai fini par surmonter le cancer, cette maladie qui m’a
beaucoup appris sur moi-même et sur mon rôle de maman. Pendant
plus d’une année éreintante, je n’ai pas laissé tomber, car mes enfants
faisaient ma force. Je ne pouvais pas les laisser orphelins, je refusais
de mourir sans me battre pour moi et pour eux. Aujourd’hui, je suis plus
forte que jamais et ma famille est ma priorité.»
Leila, 38 ans.

L’avis de la psy

  1.  Comment une femme se sent-elle atteinte dans sa
    féminité lors d’un cancer du sein ?
    Le sein est très investi au niveau symbolique. Sein
    nourricier d’abord, il est symbole de féminité et
    de beauté, il est aussi symbole de séduction et de
    sexualité. L’avènement d’un cancer du sein constitue
    pour la femme un bouleversement profond dans son
    identité. Son image du corps est alors altérée, surtout
    que, bien souvent, il faille passe par la mutilation,
    l’ablation de ce sein qui jadis était porteur de vie
    mais aujourd’hui porte la mort. Confrontée à son
    image dans le miroir, au regard qu’elle porte sur elle même, son estime d’elle-même s’en trouve parfois
    atteinte. Face au regard des autres c’est toute sa
    vie sociale et relationnelle qu’elle doit réaménager,
    réorganiser. C’est une épreuve qui la touche aussi
    dans sa temporalité : il y a désormais l’avant et
    l’après-cancer et plus rien n’est plus du tout comme
    avant.
  2. Le rôle du conjoint est-il important ?
    Le rôle du conjoint est d’une importance capitale,
    c’est la première source de soutien dont elle a besoin.
    Se sentir acceptée, soutenue, aimée, voire désirée,
    en dépit de l’atteinte ou de l’absence du sein, la
    renforcera et l’aidera à surmonter cette rude épreuve
    et lui permettra de traverser ce long «parcours du
    combattant» que constituent les différentes phases
    du traitement pour aller en toute sécurité vers la
    rémission, voire la guérison et retrouver une vie
    «normale».
  3. Qu’est-ce qui peut aider une femme à s’accepter
    pendant la maladie et à se reconstruire après ?
    Outre le soutien du conjoint qui semble
    incontournable, se sentir bien entourée par ses
    proches, famille et amis, et d’un apport indéniable de
    même qu’une attitude bienveillante et empathique
    de la part des soignants est, à ce moment-là,
    précieuse. Une information juste qui répond à ses
    questionnements et préoccupations est également
    d’un grand apport.

Remerciements à…
Boumghar Leila
Psychologue clinicienne
Cabinet :
Résidence de l’Opéra (ex-Samira)
Route de Bouchaoui, Ouled-Fayet

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