Ces couples qui quittent la maison de la belle-famille

Ces couples qui quittent la maison de la belle-famille

Occuper un étage dans la villa de la belle famille, une sinécure pour les couples ? Pas toujours, semble-t-il. Après quelques années passées sous le même toit, même avec une entrée indépendante, certains couples ont préféré renoncer à cette cohabitation et larguer les amarres. Ils se sont émancipés et ont pris une location.
Par Lydia Nesli

Ces couples ont décidé de vivre, enfin, chez eux et ne plus occuper l’étage de la villa mis à leur disposition par les beaux-parents.
Pourquoi ce renoncement ? Est-ce toujours une bonne idée de voler de ses propres ailes ? Faut-il passer par là pour garder de
bons rapports et préserver sa liberté, quitte à perdre beaucoup sur le plan financier ? Des couples nous parlent de leur expérience.
‘Rahet el bel’
Après son mariage, Souad, 32 ans, a occupé le deuxième étage de la villa de ses beaux-parents. Après trois ans, elle a mis la pression à son mari pour prendre une location ailleurs. Elle nous explique pourquoi : «Croire que disposer d’un étage dans une habitation occupée par la belle-famille, c’est jouir de son autonomie. Dans l’absolu, on se dit ‘’Je suis chez moi. Je ferme ma porte, et je vis ma vie comme je l’entends !’’ En fait, dans la réalité, ça ne se passe absolument pas comme ça. Il faut détricoter cette idée. Petit topo pour vous éclairer. Même séparés par un étage, notre vie et celle de la belle-famille ne font qu’une. Les allers-retours intempestifs, les intrusions, les suggestions genre ‘‘Tu devrais mettre ton canapé de ce côté-là et changer de rideau’’, etc. En tant que couple, nous n’avions aucune intimité. Mes belles-soeurs débarquaient à n’importe quel moment, prenaient leurs aises, allumaient la TV, ouvraient le frigo, etc. Elles voulaient aussi papoter jusqu’à une heure tardive de la soirée. Même fatiguée, il faut toujours marcher sur des oeufs pour ne pas les blesser. Et lorsque mon mari et moi avons annoncé notre départ, mes beauxparents
n’ont pas compris notre décision. Il a fallu faire preuve de diplomatie. Bien sûr, ce déménagement implique des frais et un budget conséquent. En revanche, même si on paye nos factures cahin-caha, on gagne la paix de l’esprit, ‘Rahat el bel’, comme on dit chez nous. A nos yeux, cela n’a pas de prix.»

Big Brother is always watching
Disposer d’un étage dans la grande demeure familiale, la belle affaire ? Pas si sûr aux yeux des jeunes couples qui souhaitent
profiter de la vie sans avoir l’oeil de Big Brother rivé sur eux. Pour Yacine et Amina, sa moitié, cette forme de cohabitation n’a pas dépassé un an et demi. «C’est vrai, il y a pas mal d’avantages à vivre ainsi», raconte Yacine. Sur le plan financier, on arrive à faire
des économies pour aller en vacances. Par ailleurs, nous n’avons pas eu besoin de recourir à une nounou quand notre bébé est né.
Ma femme a repris le travail tranquillement sachant que notre fils serait entre de bonnes mains. Nul besoin de le réveiller aux aurores pour courir le déposer chez une nounou à l’autre bout de la ville. En cas de pépin, la famille est à proximité aussi. Cependant, les côtés négatifs prennent le dessus. Il y a cette proximité qui fait que la porte ne peut jamais être fermée. Ce serait mal vu de se claquemurer. Quand on invite des amis, on doit prévenir afin d’éviter les intrusions, par exemple. Si l’envie de faire un barbecue entre potes dans le jardin nous prend, il faut donner des consignes.
Eviter les éclats de voix, les rires sonores,… En vérité, on ne peut jamais vraiment se lâcher parce que la famille est là, derrière le rideau de la fenêtre, qu’elle nous observe et commente notre vie.
Ce n’est pas méchant au fond. C’est juste qu’on préfère vivre dans un studio et nous sentir libres.»

La vie avant tout
‘’Mieux vaut un petit chez-soi qu’un grand chez les autres’’, dit le proverbe. Fouzia, 43 ans, adhère complètement à cette idée, elle
qui a vécu six années dans la même maison de sa belle-famille.
«Une grande maison avec trois niveaux. L’une pour mes beaux parents et leurs enfants encore célibataires. L’autre occupée par mon beau-frère, sa femme et leur progéniture. Et le dernier étage pour nous. Un seul portail, pas de jardin. Une façade avec un grand balcon à chaque étage. Ma fille rêvait d’avoir un petit chien. Pour son anniversaire, son père lui a offert un adorable caniche. Ma belle-mère nous a fait une scène. Elle ne supportait pas l’aboiement du chiot. Si je reçois des amis ou des proches et qu’ils restent un peu tard en soirée, ma belle-maman est incommodée, car elle n’arrive pas à dormir. Si elle a des invités, elle m’impose d’animer la conversation même si j’ai d’autres occupations qui m’attendent. Sans compter l’autre boulet : ma belle-soeur et sa horde de ribambelle qui déboulent à la maison à n’importe quelle heure. Désappointés, on a fini par plier bagage. Un appartement en location,
un trou de 40 000 DA dans le budget, mais on a, enfin, la sérénité.»
Un toit c’est chouette, à condition de ne pas le partager avec la belle-famille. C’est en tout cas, l’avis de tous les couples interrogés. Ils sont jeunes et entendent vivre à leur façon sans avoir à se justifier aux moindres faits et gestes. Et tant pis pour les avantages matériels. ‘‘La vie avant tout’’, est leur credo.

Disposer d’un étage dans la grande demeure familiale, la belle affaire ? Pas si sûr aux yeux des jeunes couples qui souhaitent profiter de la vie sans avoir l’oeil de Big Brother rivé sur eux.

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