Choumicha Chafai le cordon bleu marocain à Dzeriet «Cuisiner, c’est vraiment partager !»

Choumicha Chafai le cordon bleu marocain à Dzeriet «Cuisiner, c’est vraiment partager !»

Elle a conquis des millions de Marocains avec ses recettes délicieuses, elle est la doyenne de la gastronomie marocaine, elle est aussi connue au-delà des frontières. A travers son talent et son savoir-faire, elle rend un énorme service aux amoureux de la cuisine.
Choumicha Chafaï, la vedette marocaine, nous a accordé ce sympathique entretien où elle nous raconte ses expériences culinaires et ses projets.
Propos recueillis par Dalila Soltani

Êtes-vous rentrée dans le monde télévisuel de la cuisine par coïncidence ou par vocation ?
Mon cheminement vers le monde culinaire s’est opéré de façon très inopinée. Au début de ma carrière, j’ai suivi des études scientifiques. Rien ne me destinait à être une figure très connue sur les chaînes de télévision. Mon arrivée à l’université a coïncidé avec l’ouverture, à l’époque, d’une école spécialisée dans le marketing et la publicité. J’ai alors opté pour cette formation. Pendant cette période, je venais de faire un casting avec la seule boîte de communication qui produisait des programmes pour les chaine radio et télévision marocaines. La même boîte produisait le seul programme culinaire au Maroc sur la chaine 2M, une émission diffusée une fois par semaine. Le producteur venait de me proposer de présenter cette émission. Je fus très emballée par l’idée, mais je refusais de présenter le programme avec un chef. Je souhaitais mettre la main à la pâte. Etre le nouveau modèle pour la femme marocaine. J’ai animé pour la première fois en 1999 le programme ‘Chhiwate Choumicha’ qui a eu un franc succès. Il a été suivi par un programme régional sur la cuisine marocaine ‘Ch’hiwate Bladi’, très suivi, également.

Quel est le concept de vos deux programmes ?
‘Ch’hiwate Choumicha’ est une émission dans laquelle je présente des recettes diverses et variées. La seconde, ‘Ch’hiwate Bladi’,
est présentée sous forme d’un voyage gastronomique, à travers les régions marocaines, à l’aide d’un habitant de la région visitée. Je fais découvrir des mets et des spécialités locales très variés.

Pourquoi avoir refusé au départ de coprésenter l’émission avec un chef ?
J’ai longtemps été productrice de télévision avant d’être invitée à présenter une émission de cuisine. J’ai refusé l’idée de la coprésenter, car je voulais être celle qui pétrit la pâte et prépare les plats. J’étais douée pour la cuisine. J’ai forgé déjà très jeune mon expérience grâce à la pratique. Je pouvais le faire.

Pour vous, la cuisine est plus qu’une passion, c’est toute une histoire d’amour…
Je crois que l’essence même de la cuisine est le partage. C’est une manière d’exprimer son amour, son respect et son acceptation de l’autre. Le plus important est d’être là, de partager et d’aimer autour d’un plat. La cuisine fédère et rassemble des personnes de culture différentes. Je viens aussi d’une famille qui adore la cuisine. Ma grand-mère maternelle qui m’a élevée était une excellente cuisinière, de surcroît, elle était très douée pour l’improvisation. Elle m’envoyait acheter des tomates au marché, mais je devais y retourner jusqu’à cinq fois si elle ne les trouvait pas suffisamment rondes, rouges et fermes. La chance que j’ai eue est de grandir avec cette femme, une dame très expérimentée qui a guidé ma carrière.

Vous êtes une personnalité publique, de renommée internationale. Comment vivezvous cette notoriété ?
La popularité procure une sensation excitante, mais elle fait peur également. Nous sommes terrifiés à l’idée de ne pas être à la hauteur. Je travaille continuellement sous pression et ma seule ambition est de satisfaire tous mes fans. Le plus compliqué est de préserver son identité tout en essayant de plaire à tout le monde.

Plus que des livres culinaires, vos ouvrages sont une invitation à un voyage au coeur du Maroc. Quelle est votre source d’inspiration ?
Mes rencontres et mes voyages. J’ai passé 15 ans à sillonner tout le Maroc. J’ai rencontré des personnes très généreuses qui avaient partagé avec moi leur savoir-faire.

Vous avez été sollicitée pour faire partie du jury de Master chef d’un épisode tourné dans le désert marocain. Parleznous de cette expérience ?
Je suis souvent sollicitée pour être membre du jury lors de programmes culinaires. J’avoue que cette tâche n’est pas ma tasse de thé. Pour avoir cuisiné pendant toutes ces années, je peux vous dire à quel point la personne qui cuisine met toujours beaucoup d’elle-même dans ses plats. De quel droit j’ose critiquer un travail réalisé avec amour ? Le métier de jury est très difficile et prétentieux.
Je préfère l’humilité. Cependant, quand je fais partie d’un jury, je suis toujours objective. Il n’y a que le mérite qui compte pour moi.

Après avoir publié une trentaine de livres culinaires de recettes typiquement marocaines, vous envisagez la publication d’un livre de recettes en néerlandais. Pourquoi ce choix ?
J’ai été contactée par une grande maison d’édition néerlandaise pour réaliser un livre de cuisine. Le projet est de réaliser de nombreux livres sur plusieurs années. Nous venons de sortir, en octobre dernier, le premier ouvrage contenant des recettes méditerranéennes adaptables pour les Néerlandais.

Elue cuisinier le plus populaire du monde arabe, médaille d’honneur de la ville de Bruxelles, membre du jury au festival Gourmet Voice à Cannes 2006, parmi les 100 personnalités féminines qui font bouger le Maroc et d’autres prix, votre liste de distinctions est longue et pourtant vous êtes si jeune…
(Rire) Parce que j’ai commencé très jeune. Lors de ma toute première émission, j’avais 19 ans et j’avais bossé dur durant plus
de deux décennies. Je n’ai pas de secret, je suis très sincère et passionnée dans mon travail.

Les épices de Choumicha enfin disponible en Algérie…
Je travaille dans le monde des épices depuis près de 9 ans. J’ai commencé par une gamme organique biologique non traitée, il s’agissait d’un mix d’épices et de thé, une gamme élitiste et non accessible à toutes les bourses. Trois ans après avoir lancé cette gamme, j’ai été contactée par une société belge leader dans la production d’épices en Europe qui produit des épices de grande qualité. Nous avons donc commencé par créer plusieurs variétés d’épices accessibles aux bourses moyennes. Pour ce qui est de
la commercialisation de ces épices en Algérie, j’ai été contactée par M. Taïri, un homme d’affaires algérien et un excellent ami. Ce dernier m’a proposé de commercialiser mes épices en Algérie. Elles sont enfin disponibles.
A quand l’école Choumicha ?
Je suis constamment en vadrouille, entre toutes mes occupations. Je donne des cooking class au Maroc, mais de là à penser à créer une école, je pense qu’il est un peu tôt de réaliser ce voeu. L’école est un investissement personnel. J’y penserais peut-être à la retraite.

« Pour réussir un bon plat, ce n’est pas la complexité de la recette qui compte, mais le choix du bon ingrédient. On peut faire une excellente salade avec une tomate et une huile d’olive, à condition d’avoir les bons produits. »

« La notoriété est quelque chose qui m’est tombée dessus. Je suis quelqu’un de très humble, je ne cherche ni prestige ni renommée. Mon objectif, représenter ma culture honorablement. »

Du tac au tac

Quel est le plat que vous avez apprécié en Algérie ?
Le M’touem avec khobz al Koucha que j’ai mangé chez des amis.
Votre plat préféré ?
Le couscous aux légumes. Je peux en manger tous les jours.
Quelle est la recette qui vous évoque le plus de souvenirs ?
La Mrouzia, un plat traditionnel de la fête de l’Aïd el-Kebir, constitué d’un tajine sucré-salé au mouton ou à l’agneau, accompagné
d’amandes et souvent de raisins secs.
Une rencontre algérienne inoubliable ?
Je n’oublierais jamais cette vieille dame algérienne qui, âgée de plus de 100 ans, refusait de sortir de la maison depuis une semaine. Elle  a fini par sortir en apprenant que j’étais sur Paris. L’amour de mes fans me touche au plus profond de mon âme.

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