Il a coupé les ponts avec sa mère

Il a coupé les ponts avec sa mère

En brouille. En rupture. En bisbille. Ils ont coupé les ponts avec leur mère. Pour une raison ou une autre, ces hommes ont mis un terme aux liens qui les unissaient à l’auteure de leurs jours. Parfois incompréhensibles, souvent douloureuses, ces séparations ne sont pas sans conséquences.
Par Lydia Nesli

Les enfants grandissent avec l’image ternie d’une grand-mère aux traits de Folcoche ou de Cruella. Récriminations, reproches et non-dits alimentent les conversations à la maison. Entre blessures des uns et désapprobations des autres, comment vit-on quand le mari ou le papa coupe les ponts avec sa propre mère ? N’y a-t-il pas un danger que les enfants reproduisent ce schéma à leur tour lorsqu’ils auront atteint l’âge adulte ? Cette embrouille n’est-elle pas finalement une sorte de boulet ou de fardeau qui est transmise d’une génération à une autre ? Histoires de rupture avec un être sacré

Le vilain petit canard

Farès, 59 ans, n’a plus aucun contact avec sa mère. Une mésentente, née suite à un problème d’héritage. Farès n’a plus revu sa mère depuis quinze ans déjà. «Je ne parle plus à ma mère.
Cette brouille a entraîné une coupure avec mon frère et mes deux soeurs. Nous ne sommes plus que des étrangers. Comme s’il n’y avait aucun lien de parenté entre nous. D’un point de vue moral et observé de l’extérieur, on peut me blâmer de renier ma mère.
C’est compliqué d’expliquer aux autres que cette cassure n’est pas née de ma propre volonté. J’ai toujours été le vilain petit canard de la famille. Ma mère a toujours préféré son fils aîné. Elle ne l’a jamais caché. Aucune affection, aucune tendresse. Rien. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est lorsqu’elle a mis tous ses biens à son nom. C’est comme si je n’existais pas. Je suis né de ses entrailles et pourtant elle m’a déshérité. Je n’ai plus aucun contact avec elle. D’ailleurs, ma mère ne connaît même pas mon dernier enfant. Elle ne l’a jamais vu et j’imagine qu’elle ne connaît même pas son prénom. Tout au fond de mon coeur, ce désamour me blesse. Ce n’est pas une situation normale. Mes enfants sont frustrés de ne pas avoir de grand-mère. J’ai bien tenté de renouer les liens, mais en vain. De guerre lasse, j’ai abandonné. Subir plus d’humiliations était au-dessus de mes forces. J’ai encore plus mal pour mes enfants. Il y a des pointillés dans leur arbre généalogique, côté paternel. Cela sème la haine et les ressentiments. C’est très mauvais, mais je ne peux pas renverser la vapeur.»

"Mon fils, n’épouse pas cette fille, sinon…"

Une brouille est-elle irréversible ? Est-il possible de renier des liens forts après une longue mésentente avec sa propre maman ?
Réda, 39 ans, n’adresse plus la parole à sa mère. «A l’origine, un désaccord au sujet de la fille que j’aimais et que je voulais épouser.
Ma mère a opposé un niet catégorique dès qu’elle l’a rencontrée.
Elle l’a jugée sans même la connaître. Juste parce qu’elle n’était pas à son goût. Aucun argument tangible. Je me suis heurté à un mur en béton. Ma mère ne voulait rien entendre. Elle a craché ses calomnies. Cette fille n’était pas de notre région. Elle était trop maigrichonne. Trop foncée de peau. Enfin, tout les clichés éculés de la ‘mama’ ont surgi. Après moult tentatives, le mariage a été célébré sans sa présence. Je n’allais pas faire marche arrière juste à cause des caprices de ma mère. Je l’aime et la respecte,
mais c’est de ma vie dont il s’agit. On est restés en froid pendant quatre ans. Et à la naissance de mon second enfant, elle m’a fait la surprise de débarquer à la maison. Ce jour-là, on a tous pleuré d’émotion. Ma mère a révisé sa copie et m’a confié combien elle regrettait de s’être entêtée pour des broutilles. A présent, cette embrouille est loin de nous. Nos liens se sont à nouveau resserrés et c’est tant mieux.

C’est comme si elle était six pieds sous terre

Ces ruptures ne concernent pas uniquement les hommes. Naila, 42 ans, ne voit guère sa mère depuis plus de dix ans. «Après le décès de mon père, ma mère a refait sa vie. Notre relation, sans être fusionnelle, était correcte. Mais quand elle s’est remariée, ma mère s’est métamorphosée. Elle se montrait odieuse lorsque j’allais lui rendre visite et ne répondait jamais à mes appels téléphoniques. Me sentant rejetée, j’ai voulu faire un test : ne plus donner de mes nouvelles pendant quelques semaines, juste pour voir si elle allait réagir. Nada ! Ni coup de téléphone ni visite pour prendre des nouvelles de ses petitsenfants.
La mort dans l’âme, j’ai décidé de ne plus chercher après elle. D’abord, j’ai ressenti de la colère. Je me suis payé une sacrée crise de nerf avec cris et pleurs hystériques. Puis,
peu à peu, je me suis résignée. Pour moi, c’est comme si elle était six pieds sous terre. La vie n’est pas toujours rose. Il faut se faire une raison.»
Chez toutes ces personnes qui ont dû rompre les amarres avec leur maman, la tristesse et la déception sont présentes en toile de fond.
Le sentiment d’un gros échec conjugué les accompagne dans leur quotidien. Couper les ponts avec l’être le plus cher au monde ne se fait jamais de gaieté de coeur.

«Je ne parle plus à ma mère. Cette brouille a entraîné une coupure avec mon frère et mes deux soeurs. Nous ne sommes plus que des étrangers. Comme s’il n’y avait aucun lien de parenté entre nous.»

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