La deuxième femme Une bombe à retardement

La deuxième femme Une bombe à retardement

Ces épouses ont tout support é. L’infidélité, les mensonges, les trahisons, les faux-semblants. Monsieur a fini par parler . Et il a clairement annoncé son intention de se remarier. Deuxième épouse ou divorce. Non négociable.

Par Lydia Nesli

A prendre ou à laisser. D’abord, ces épouses se sont rebiffées. Elles se sont battues. Mais au final, elles ont fini
par accepter d’être reléguées. Elles ont fini par déposer les armes. «Tout bien pesé, tout bien pensé, deuxième du
nom, c’est mieux que divorcées», estiment-elles. Pour leurs enfants, pour leur sécurité financière ou parce qu’elles
n’avaient pas où aller, ce choix s’est imposé à elles. Non sans souffrance. Non sans déchirure. De la sagesse à la
résignation, elles nous parlent de leur chemin de croix. Déchues. Elles l’ont été. Déboulonnées. Partager le livret de
famille avec une autre, un enfer qui ne se décrit pas. Le grand amour elles y ont tellement cru ! Cela a duré dix
ou quinze ans, puis subrepticement, leur mari a regardé dans une autre direction. L’herbe semblait plus verte de
l’autre côté de la clôture. Les soupçons ont laissé place à l’implacable vérité. Leur compagnon a choisi de refaire
sa vie, mais leur a laissé l’option d’être la seconde épouse.

Par amour pour mes enfants

Nejwa (49 ans) nous raconte comment elle a dégringolé de son piédestal d’épouse : «Quand mon époux m’a
annoncé la nouvelle, je m’y étais un peu préparée. Par de tierces personnes, j’avais appris qu’il en fréquentait une
autre. Cela faisait près de deux ans que leur histoire durait. Ce n’était donc pas une simple passade. Je suis passée
par une succession d’états d’âme. La colère, le déni, la jalousie. Je pensais à mes trois enfants. Ils me faisaient de
la peine. Ma première idée a été de retenir mon conjoint. J’ai ravalé ma fierté, je l’ai supplié de rester. En voyant que
je me heurtais à un mur en béton, j’ai fini par abdiquer. Il m’a offert d’être la seconde épouse. C’était humiliant.
Cinglant comme une gifle. Mais j’ai réfléchi à ma situation et j’ai accepté. Retourner chez mes parents dans un
petit appartement avec une belle-soeur et sa marmaille aurait été pire. Sans ressources, sans logement, je n’allais
pas pouvoir m’en sortir. Mon mari m’a assurée que je serai à l’abri du besoin, du moins jusqu’à ce que nos enfants
finissent leurs études et commencent à travailler. Mon époux, je ne le partage plus sur le plan intime. Il vient juste
de temps en temps voir ses enfants et m’apporter une somme d’argent. Je suis la seconde épouse après avoir été
la première. Une situation difficile à vivre.»

Je ne suis pas Mère Térésa

Vivre sous le même toit que la remplaçante est un cauchemar pour Baya. A 5O ans, elle a vu sa vie conjugale
s’effondrer comme un château de sable : «Beaucoup d’Algériennes sont dans le même cas. Je ne suis ni la
première ni la dernière. Mon mari a été happé par le démon de midi. Il
s’est entiché d’une jeunette et ne m’a p as longtemps caché son souhait
d e la prendre comme seconde é pouse. Je l’ai d’abord traité de
tous les noms d’oiseaux. J’ai été me plaindre à mon père, mes frères, et
à toute ma famille. Je trouvais cela i nadmissible. Le ciel venait de me
tomber sur la tête alors qu’eux n’y ont pas vu un drame. Selon leurs dires,
j’avais de la chance de ne pas avoir été répudiée par mon mari. Imaginez
un peu ! Je me suis dit que ce monde ne tournait plus rond. Puis, petit à petit, l’idée a fait son chemin dans ma
tête. Tant qu’à faire, mieux valait avoir le statut de seconde épouse que celui de divorcée. C’est humiliant, blessant,
réducteur. Cependant, ça laisse un filet d’espoir. Un fil ténu auquel je m’accroche. Qui sait ? Peut-être reviendra-til
un jour vers moi ? Voilà comment nous sommes organisés. Nous occupons chacune un étage de villa. Mon époux
consent à passer deux soirées avec ses enfants et moi. Le reste du temps, il le consacre à sa nouvelle épouse. Je ne
suis pas Mère Térésa. Je déteste ma rivale. Je prends sur moi car je n’ai d’autre choix, c’est tout !»

J’ai aidé mon propre époux à se remarier

Houda (44 ans) vit la même douloureuse expérience : «Avec mon mari, ce fut le grand amour. Après le mariage,
pas de bébé. Et le problème vient de moi. Petit à petit les délicieux ‘’je t’aimerai pour le pire et le meilleur’’ ont
laissé place au doute. Mon conjoint m’a clairement signifié qu’il voulait des héritiers. Par amour, je n’ai pas voulu
le priver de la joie d’être papa. Je lui ai chuchoté l’idée d’une deuxième femme. Mon époux ne s’est pas fait prier
pour se remarier. J’ai alors goûté à l’amère expérience d’être la seconde épouse. Aimer son époux et devoir le
partager avec une autre est la pire épreuve pour une femme. Je suis blessée à vie. Jalouse. Mauvaise. Aigrie. La
deuxième femme lui a donné un petit garçon. Je vois bien qu’il la préfère, qu’il la gâte, qu’il la sublime. Vais-je me
consumer à petit feu ? Ou avoir le courage de divorcer pour ne plus avoir à supporter tout cela ? C’est la grande
question qui me taraude l’esprit.»
On dit que l’être humain peut tout partager sauf la personne aimée. Dur, dur d’être reléguée à la seconde place et
de faire de la figuration quand on a été la favorite. Ces épouses qui ont consenti céder la première place du podium
essayent bon an, mal an de faire bonne figure. Un jour peut-être la roue tournera…

Vivre sous le même toit que la remplaçante est un cauchemar pour Baya. A 50 ans, elle a vu sa vie conjugale s’effondrer comme un château de sable.

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