Mode unisexe, Rose pour lui , bleu pour elle !

Mode unisexe, Rose pour lui , bleu pour elle !

Le bleu est à l’homme ce que le rose est à la femme, vous y croyez dur comme fer ! Plus maintenant. Ou du moins plus depuis 2003, soit l’apparition de la mode unisexe sur les podiums internationaux.
Par Racim Tamrabet

Vous n’arrivez plus à reconnaitre les genres des marcheurs dans la rue à distance ? Vous ne distinguez plus les habits, les accessoires, les bijoux, les sacs et les coupes de cheveux des garçons de ceux des filles. Ceci est tout naturel au temps de la mode invariante en genre, même en Algérie.
Elle au masculin, il au féminin !
Ce mouvement, on le doit tout d’abord, à Ted Lapidus, le premier designer français à avoir instauré le «style uniforme» ou «esprit unisexe» lors de ses défilés ; Rad Hourani, lui, le lance en 2013 en couture. Or, la distinction homme/femme a depuis toujours été très soulignée, que ce soit niveau couleurs, formes, disciplines, goûts…
En effet, il y a toujours eu un rayon pour hommes et un autre pour femmes, ce qui paraît plutôt logique à première vue. Mais si l’on vient à l’unisexe. Un petit chamboulement s’impose, comme dans le grand magasin londonien Selfridges où tout un étage était dédié à l’«A-Gender», où le genre neutre nourrit les passions des deux sexes en mode. Après tout, c’était prévisible, la femme s’est toujours servie dans le dressing de son homme : le légendaire vieux jean patiné, le basic et sexy t-shirt blanc ou encore le sweet du week-end. Il était plus que temps d’avoir un juste retour des choses mes dames !
Ouverture sur le mode ou sur le monde ?
Les seventies algériennes avaient quand même renversé les premiers codes sociaux : pantalon pour l’homme, la robe pour la femme. En effet, très tôt dans les années 1970, les femmes algériennes avant-gardistes, à l’image de leurs égales dans le monde moderne, s’étaient emparées du pantalon ‘pattes d’éléphant’. Tout comme les hommes algériens, s’étaient ouverts sur les chemises cintrées, à grands cols et à motifs fleuris.

Une mode transverse qui avait bien marqué une génération, mais qui a disparu durant la décennie noire. Près de 50 ans après, la femme et l’homme algériens, pourtant moins avant-gardistes, s’ouvrent de nouveau sur le monde, à travers la mode unisexe. Pour savoir plus sur leur compréhension de cette mode, mais aussi leur acceptation de sa transversalité, on s’en approche.
Il est 10h00. Arrêt de Cous du 1er-Mai. La place est un véritable patchwork de matières, de couleurs et de motifs. Derrière se trouve Riad, 24 ans, qui attend son transport pour l’USTHB-Bab Ezzouar. Etudiant en biologie, il est «bien sapé», soit habillé à la mode. Jean slim déchiré au niveau des genoux, des baskets blanches, et enfin, l’indispensable doudoune parka en vert militaire avec capuche à fourrure. Similaire à celle d’une jeune fille, ou de plusieurs jeunes filles dans la place.
A notre question, Riad répond : «Moi, je porte des jeans déchirés, des chemises fleuries et des vestes à fourrure. Ceci ne me dérange point. C’est la mode. Tous mes amis s’habillent de la sorte. Cela dit, je suis contre les strass et les dorures». Une mode androgyne à moitié acceptée. Interpellé par le dictaphone et la discussion, Yazid, 25 ans, étudiant en fin de cycle ne semble pas très emporté par ce courant : «Il m’est hors de question de me boudiner dans un jean slim telle une fille, ou de porter une tunique moulante et à motifs, et certainement pas de la fourrure.» Et d’ajouter : «L’homme a ses modèles, sa découpe et ses couleurs. Pareil pour la femme. Il ne faut pas inverser les modes au risque d’inverser l’échelle des valeurs.» Ilhem, 26 ans, étudiante, n’est pas d’accord, elle assure le fait que la mode devienne unisexe, elle n’influe en rien sur les valeurs des uns et des autres. Bien au contraire, l’avènement du rose, des fleurs et autres attributs féminins dans la mode des hommes, a adouci leurs moeurs, on le voit dans leur manière de draguer». Rires. Un peu plus loin, à la rue Hassiba-Ben Bouali (centre d’Alger), un vendeur d’habits masculins que nous avions approché pour connaître les prix de ces derniers nous avoue : «Je suis contre le fait de m’habiller comme ma soeur ou les filles que je fréquente. Je suis également contre le fait qu’il y ait autant de filles qui s’habillent comme nous. On n’est pas en Turquie ici.»
Mais combien coûte un style unisexe ?
Au jour d’aujourd’hui, hormis les converses et les jeans, il faut dire que la femme algérienne ne partage que peu de vêtements avec son homme. C’est plutôt le contraire, et ce malgré les prix affichés dans les vitrines de la capitale.
Pour une tenue à tendance androgyne, il faut compter pas moins de 35 000 DA pour des pièces originaires de Turquie, de Chine et rarement d’Espagne. La tenue idéale, selon un vendeur d’habillement et d’accessoires, serait composée principalement d’un jean slim troué, d’une chemise cintrée sur le rose, le rouge ou à motifs ou d’une tunique avec l’arrière plus long que l’avant, d’une ceinture à grosse boucle en strass, de baskets montantes, de doudoune parka avec capuche à fourrure, d’une pochette en biais et enfin,
de casquette ou de bracelets et bagues, sans pour autant compter l’argent investi dans les soins pour cheveux. Pour le type de clientèle, il s’agirait de jeunes hommes dont la tranche d’âge varierait entre 18 et 25 ans. Plutôt étudiants, parfois des chômeurs de luxe qui essaient de négocier des remises.

L’avis du psychologue
«Le fait que la mode androgyne ait fait son entrée en Algérie montre que les jeunes s’ouvrent sur le monde et l’interculturalité et ce, à travers internet, la télévision, la musique, et pour certains les voyages. Cela pourrait être une bonne chose si le comportement suivait: ouverture d’esprit et de pensée, acceptation de soi et de l’autre, acceptation des différences et de la diversité, et surtout le respect de soi et de l’autre. A l’heure actuelle, il s’agit plutôt d’un effet de mode, notamment les garçons qui refusent d’accepter la femme comme leur égale même s’ils utilisent ses attributs.»
Remerciements à : Samira Fekrache Psycologue clinicienne
Email : fekrache_clinic@hotmail.com

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