Nawell Madani humoriste La reine des vannes

Nawell Madani humoriste La reine des vannes

Elle a la force d’un homme et la grâce d’une femme.
Son parcours est celui d’une sacrée battante. Pour réaliser ses rêves, Nawell Madani a toujours cru en elle. Elle a travaillé dur pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui, une vraie star dans le monde de l’humour. c’est avec beaucoup d’humour qu’elle se livre à Dzeriet.
Propos recueillis par Dalila Soltani

«La Beyonce de la vanne», «la nouvelle bombe comique», «la fureur du rire», les surnoms donnés par la presse internationale pour décrire le
talent incontesté de Nawell Madani ne manquent pas. La star belge, d’origine algérienne, née à Bruxelles, continue son ascension fulgurante
vers les sommets de la célébrité. La reine des vannes était à Alger, en janvier dernier, en marge ‘‘d’Alger mon humour’’ où elle s’est produite
pendant 3 jours à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaih. C’était aussi l’occasion pour la star du stand-up et du one-man-show de présenter son
premier film, C’est tout pour moi, une comédie de 103 minutes, sortie en 2017. Révélée au grand public dans le Jamel Comedy Club, il y a
presque six ans, Nawell a plusieurs projets pour l’Algérie, le pays de ses origines.

C’est tout pour moi, un film inspiré de sa vie
Le premier long métrage de l’humoriste relate l’histoire de Lila, une jeune fille en quête de célébrité. Pleine d’énergie et de rêves, elle tente de devenir danseuse à Paris, seulement sa carrière prend un autre tournant et se lance dans une carrière humoristique.
«Ce film parle de moi, en effet, mais il parle aussi de beaucoup de personnes. Mes rencontres à travers mes nombreuses expériences. Je voulais devenir
danseuse, puis je suis devenue chorégraphe. Après, je me suis lancée dans le dur métier de faire rire les gens. L’idée de réaliser ce film n’est pas de moi. C’est un producteur qui a poussé les portes de mon théâtre. Il a aimé la déclaration d’amour que je faisais à mon père, à travers mon premier one-man-show. J’ai fini aussi par incarner le rôle principal du film que je devais au départ juste écrire. Je ne voulais pas que mon film soit un biopic, pas à ce stade de ma carrière. Je devais aussi protéger pas mal de choses.
C’est pour cette raison qu’il ne s’agit pas totalement de l’histoire de ma vie.»

Une sacrée battante
La vie de Nawell n’a pas été un long fleuve tranquille. Enfant, alors qu’elle n’avait que 2 ans et demi, elle a été brûlée au 3e degré. Elle venait de perdre une grande partie de ses cheveux. Rejetée de tous, elle était le parfait souffre-douleur de ses camarades.
«Les enfants étaient très méchants avec moi. Ils m’appelaient de tous les noms, ils ne jouaient pas avec moi de peur de perdre leurs cheveux. En cours de récréation, j’étais la seule élève autorisée à porter une casquette. Cette différence suscitait des questions et faisait naître des jalousies. Ma mère me disait toujours : ‘’Ma fille, la meilleure défense c’est l’attaque.’’ Un jour, âgée de 9 ans, je suis montée sur scène. C’était à l’école, j’ai dansé sur une chorégraphie
de Michael Jackson. Tous les enfants étaient admiratifs. C’est là que j’ai compris le pouvoir de la scène. J’allais enfin avoir des amis.»

La danse, une passion d’enfance
«Je suis une autodidacte de la danse. Depuis mon très jeune âge, j’adorais danser. D’ailleurs, le jour où j’ai eu mon accident à 2 ans et demi, je dansais sur la table, j’ai trébuché et je me suis accrochée à la friteuse, c’est ainsi que je m’étais brûlée. Je me suis toujours identifiée à Michael Jackson, lui aussi avait été brûlé par le passé. Et puis, nous avions le même nez (son 4e nez, rire…). Je pratiquais la danse devant la télé. Je me mettais devant la télévision au salon, je poussais tous les meubles et je m’entraînais. J’apprenais toutes les chorégraphies et en cours de récré, j’étais la prof de danse de l’école.»

De la chorégraphie au métier de cinéma
Nawell est passionnée par la danse. Avant de devenir actrice, elle s’est lancée dans la chorégraphie. «J’ai été la directrice artistique de l’une des plus grandes boites en Belgique qui s’occupait des grands spectacles de danse avec des danseurs et de grands DJ. J’ai aussi chorégraphié plusieurs artistes.»
Au cinéma, j’ai joué aussi dans des films. Le cinéma, la danse, l’humour font partie de mon existence. Je ne peux pas choisir entre les trois. Je suis passionnée par ce métier qui est plein de surprises.
En ce moment, j’ai des scenarii avec des acteurs surprenants.»

De la danse à l’humour
«Je prenais de l’âge, je m’approchais de la trentaine et les danseuses qui se présentaient au casting étaient plus jeunes. J’ai commencé à me remettre en question, à m’interroger sur mes aspirations. Comme la chorégraphie et la musique ont subi un coup dur, je cherchais alors ma prochaine reconversion. Je décide de partir aux Etats-Unis, le pays où je me forme tout le temps, que cela soit pour la chorégraphie ou pour la danse. J’ai suivi des cours de théâtre. J’étais dans le cours de Susan Batson, un coach qui a formé les plus grandes stars d’Hollywood. Elle me faisait jouer chaque fois. La première fois qu’elle
m’avait demandé de monter sur scène, elle m’a dit : ‘’Ne lâche pas, car t’es une vraie actrice’’. Cette grande dame croyait en moi, j’en étais flattée. Je rentre ensuite à Paris et je suis les cours de Damien Avhcoca. Ce dernier est convaincu que ma place est sur scène en tant qu’humoriste. Je fais rire tout le temps, je tourne tout en dérision. Je me lance également dans le 4e art, je suis des cours de théâtre pendant 6 ans avant de me porter réellement dans le monde du stand-up.

Des débuts pénibles
C’est en 2011 que la carrière de Nawell commence réellement dans le monde de l’humour. Elle était comédienne, mais en plus de cela, elle se formait et gagnait sa vie en travaillant dur. La vie dure, elle l’a menée. La galère, elle l’a aussi croisée sur son chemin, mais elle n’a jamais baissé les bras pour réaliser son rêve. «J’ai fait plein de petits métiers. Je suis même revenue en Algérie où j’ai ouvert à Oran une crêperie pendant six mois pour gagner de l’argent. J’ai
tout fait pour gagner ma vie, j’ai vécu des jours pénibles. Je voulais m’isoler un peu pour savoir ce que je voulais faire de ma carrière.»

Une première scène et hop !
Nawel part à la rencontre d’un de ses amis qui jouait dans un club de stand-up au théâtre-café le Pranzo à Paris. La première fois qu’elle le voit jouer, elle est déjà impressionnée par la scène. Il lui demande d’écrire un texte, de recueillir ses blagues. L’idée était de parvenir à faire rire en lançant des vannes drôles. «Je commence à faire de la recherche, à travailler sérieusement pour apprendre la technique afin d’écrire mes textes. A partir de ce soir, je visitais régulièrement des clubs de stand-up. Un jour je me sens prête. Je suis danseuse, comédienne, j’ai décidé de mixer tout cela pour produire des shows.
Je pars voir le directeur du Pranzo qui me donne ma chance. J’étais à fond. C’était décisif pour moi. Je suis montée sur scène et je ne sais pas si c’est la chance du débutant, mais j’ai cartonné et à partir de cet instant-là, je me défonçais chaque soir pour jouer les mêmes 5 minutes dans plusieurs stand-up à Paris. Je gagnais ma vie au chapeau. Je me faisais 150 euros par soir. C’était chouette.»

Le Jamel Comedy Club, un tremplin
«Trois mois après ma première scène, en 2011, je fais une rencontre intéressante avec le directeur artistique du Jamel Comedy Club. Il était à la recherche d’une nouvelle personne et venait de me dénicher.
J’ai fait mon casting au Jamel Comedy Club, j’étais la seule femme retenue. Pendant six mois, soit une saison, je me produisais dans ce club qui était pour moi un véritable tremplin. Le fait d’être la seule femme au milieu d’un univers masculin faisait que je fusse attendue au tournant. Tout le monde avait envie de savoir ce que je valais réellement. Les mecs au club étaient de vraies mitraillettes à vannes.
En tant que femme, je devais travailler deux fois plus et trois fois plus parce que les yeux étaient braqués sur moi. Etre dans le Jamel Comedy Club c’était pour moi comme jouer au foot qu’avec des hommes. Je devais être continuellement forte. Ce passage dans ma carrière m’a formé, a forgé mon caractère et c’était une source d’inspiration.»

«Un univers féminin ultra culotté»
Nawel est très culottée, elle n’a pas froid aux yeux. Elle évoque des sujets tabous : les menstruations, l’amour, les relations entre hommes et femmes. «Pour une femme, j’ai un franc-parler et je crois que c’est ce que recherchent les spectateurs. Pouvoir rire de tout et aborder les sujets les plus sensibles avec humour.»

«Je suis en train de monter une école de théâtre, de standup et de spectacles vivants en Algérie.
Je veux aussi prévoir une programmation à l’année dans un théâtre à Alger. On ne mettra plus de côté l’Algérie culturellement.»

«Je reviens rejouer en Algérie prochainement.
J’aimerais proposer des résidences comme j’ai l’habitude de le faire en France : rester pendant deux à trois semaines pour me produire ici. Je ne veux plus que mes fans aient à subir le manque d’organisation qui entoure, malheureusement, ces événements, qu’ils attendent des heures munis de leurs tickets pour savoir en fin de compte qu’il n’y a plus de places. Je respecte beaucoup mes fans.»

«Mon père et moi avons une relation très spéciale.
On s’aime beaucoup. Mes rapports avec lui sont différents. Nous sommes très amis. On parle énormément. Il a toujours été protecteur, il avait peur que je me perde.
Nos débuts conflictuels c’était juste parce qu’on ne se comprenait pas.
Aujourd’hui, je considère son avis dans toutes mes décisions et il est toujours avec moi où que je sois.
D’ailleurs, il m’accompagne prochainement au festival du film français à Colcoa, Los Angeles.»

Du tac au tac

Votre voeu le plus cher ?
Offrir à mes parents une belle villa avec vue sur mer pour qu’ils terminent leur vie dignement.
Un souvenir inoubliable ?
Mon premier Olympia avec mes deux parents dans la salle.
Un moment très fort sur scène ?
Me faire accueillir par des youyous. C’était chez moi, dans mon pays. Ça fait tellement chaud au coeur. Le public algérien est impressionnant. Ça reste très spécial de jouer chez soi.
Un moment intense en émotion ?
La perte de mes amis. J’ai perdu trois amis l’année dernière. La maladie est une épreuve très dure. On voit quelqu’un perdre toute sa force et nous sommes impuissants devant sa souffrance.
Une figure féminine qui vous inspire ?
Ma mère. C’est une vraie battante qui a toujours été derrière moi.
Elle est confiante.

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