OUAHIDA BOUSKINE SOUS-DIRECTRICE DE LA CONSERVATION DE LA FAUNE SAUVAGE ET DE LA CHASSE À LA DGF

OUAHIDA BOUSKINE SOUS-DIRECTRICE DE LA CONSERVATION DE LA FAUNE SAUVAGE ET DE LA CHASSE À LA DGF

«NOUS LUTTONS EFFICACEMENT CONTRE LE BRACONNAGE ET LE TRAFIC D’ESPÈCES PROTÉGÉES EN VOIE DE DISPARITION»

Docteur Ouahida Bouskine est la sous-directrice de la conservation de la faune sauvage et de la chasse auprès de la Direction générale des forêts. Cette responsable de formation vétérinaire, spécialisée dans la protection de la faune sauvage, est passionnée par son métier. Elle rêve de pouvoir participer à la protection des espèces animales rares, notamment celles en voie de disparition. Dans cet entretien, elle se livre à nous, raconte ses projets et fait part de ses rêves.
Propos recueillis par Dalila Soltani

 

Quel chemin avez-vous parcouru pour devenir directrice au sein de la direction des forêts ?
J’ai obtenu mon bac en 1984. J’ai poursuivi mes études universitaires à l’université de Bab Ezzouar. Par la suite, j’ai étudié pendant 5 ans à l’Ecole nationale vétérinaire d’El Harrach où j’ai décroché mon diplôme de médecin vétérinaire. J’étais la première femme à occuper un poste dans la protection de la faune sauvage au niveau du Parc zoologique et des loisirs d’Alger. A cette époque-là, je m’occupais des animaux sauvages en leur prodiguant les soins et l’entretien nécessaires. Je réalisais, enfin, mon rêve de petite fille. Par la suite, j’ai occupé le poste de directrice de l’unité zoologie botanique au parc zoologique et des loisirs d’Alger pendant 10 ans. Aujourd’hui, j’occupe le poste de sous-directrice de la conservation de la faune sauvage et de la chasse auprès de la Direction générale des forêts.
Quelles sont les activités marquantes de votre département ?
A travers la direction générale des forêts, nous avons 48 conservations qui mènent ce programme de conservation de la faune et de la flore, à travers le territoire national. Nous possédons 8 parcs nationaux, 4 réserves de chasse et 3 centres cynégétiques. Toutes ces structures sont là pour veiller à la durabilité de notre patrimoine faunistique. Nous veillons également, à la préservation des espèces animales emblématiques à l’Algérie, telles que le cerf de Barbarie que l’on retrouve du côté de l’Est, au niveau frontalier algéro-tunisien, du côté de Tarf, Guelma jusqu’à Souk-Ahras. Nous protégeons également le guépard d’Algérie que nous trouvons dans les zones de Tamanrasset et d’Illizi ; nous avons la plus grande population qui existe dans le monde et nous adoptons une bonne stratégie pour la conservation de ce gros félin.
Le braconnage demeure un phénomène très menaçant. Comment luttez-vous contre ce crime ?
Le braconnage est effectivement classé 3e mondialement après le phénomène de la drogue et le trafic d’armes. Au sein de la direction, nous menons plusieurs actions pour contrecarrer ce fléau qui relève du crime. Il existe deux textes législatifs très fermes, à savoir la loi sur la chasse de 2004 et la loi sur la protection des 23 espèces animales de 2006. Nous avons également une liste officielle établie en 2012 sur 23 espèces protégées. Je dirais que l’arsenal juridique existe. Pour son application, nous travaillons en étroite collaboration avec la Gendarmerie nationale, la DGSN, les services de douanes qui jouent un rôle très important et la justice. Nous organisons, par ailleurs, continuellement des formations conjointes avec la Gendarmerie nationale, des ateliers d’information et de sensibilisation pour lutter contre le braconnage.
Comment faites-vous pour lutter contre l’incivisme des citoyens ?
Ce travail, nous le menons en étroite collaboration avec le ministère de l’Environnement. Toutefois, nous organisons des actions de sensibilisation et de nettoyage en impliquant la société civile, à travers les différentes associations. La société civile a un rôle important. Nous appelons également les citoyens à prendre conscience du danger qu’ils font encourir à une espèce de singe en voie de disparition, il s’agit du macaque berbère ou singe Magot qui, malheureusement, est nourri de chips et de gaufrettes alors qu’il a un régime alimentaire spécifique. Cette attitude imprévoyante expose ce singe au diabète. Les citoyens pensent bien faire en le nourrissant ; or, le singe devient agressif et malade.
La faune sauvage est en déclin dans le monde entier. Chaque 3 mars, nous célébrons la Journée internationale de la protection de la faune sauvage. Quel message voudriez-vous transmettre ?
Cette journée mondiale de la vie sauvage est l’occasion de célébrer les nombreuses formes, aussi belles que variées, de la faune et de la flore sauvages et de faire prendre conscience aux citoyens des avantages qu’il y a à les conserver. Malheureusement, beaucoup d’espèces sont en voie de disparition. Chez nous au sud, il y avait des espèces qui ont complètement disparu, telles que l’oryx gazelle et la gazelle Dama. D’autres espèces sont en voie de disparition telles que les fennecs, l’outarde, le caracal et beaucoup d’autres. L’Algérie a signé plusieurs conventions internationales pour la protection de toutes ces espèces et nous menons un travail colossal pour protéger la faune et la flore. Cette journée nous rappelle également le besoin urgent d’intensifier la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages et la réduction du nombre d’espèces.
L’ordonnance présidentielle n05-6 du 15 juillet 2006 relative à la protection et à la préservation de certaines espèces animales menacées de disparition a été adoptée en 2006. Elle protège plusieurs espèces victimes de raréfaction. Pensez-vous que cette loi soit suffisante ?
Bien entendu, les personnes en possession des animaux figurant sur cette liste sont passibles d’amende et de peine d’emprisonnement. Pour informer les citoyens et les sensibiliser, nous avons comme recommandation principale d’aller vers les médias et ce, afin de vulgariser cette liste et d’informer les citoyens, afin de ne pas capturer ces animaux. Cette loi permet également de contrôler les marchés informels d’animaux. Nous avons récemment saisi le dernier fennec sur un marché informel à Bouzaréah. Le marchand comparaîtra devant la justice prochainement.
Comment procédez-vous à la saisie de ces animaux ?
A travers la conservation des forêts qui fait office de police judiciaire et qui a pour mission de gérer les forêts et d’appliquer la réglementation. Cette brigade a pour tâche d’opérer la saisie de l’animal figurant sur la liste des animaux protégés et présenter la personne devant le procureur.
La journée internationale des forêts sera célébrée le 21 mars. Que prévoyez-vous comme action ?
Plusieurs actions sont en cours. Des sites qui seront reboisés à travers tout le territoire national. Nous vous invitons à venir y planter un arbre.
Quels sont vos conseils aux citoyens pour protéger l’environnement ?
Il ne faut pas capturer les animaux, ni acheter des animaux sauvages dans les marchés, préserver les animaux. C’est notre leitmotiv. Il faut arrêter de polluer l’environnement en jetant les ordures et les sachets plastique très nuisibles. Il s’agit de renforcer le civisme en passant le mot en particulier auprès des jeunes enfants. Ce sont eux, les futurs leaders de la conservation de la faune et ils méritent un avenir où nous, les humains, vivons en harmonie avec la faune qui partage la planète avec nous.
Ce domaine a longtemps été réservé aux hommes. Qu’en pensez-vous ?
J’ai été la première femme à travailler avec des animaux sauvages. Cela a choqué, à l’époque, plus d’un, mais je crois que la gent féminine continue à aller de l’avant en relevant les défis et en prouvant continuellement sa capacité à s’imposer. J’ai formé plusieurs femmes passionnées à ce métier et je constate qu’il y a quand même une nette évolution des mentalités.
La chasse vient d’être soumise à un règlement strict. Comment cela se passe-t-il ?
Désormais, le chasseur doit être affilié à une association, sinon il ne pourra pas s’adonner à son loisir. Par ailleurs, chaque chasseur doit également posséder un permis de chasser. Autrefois, le permis de chasser était délivré par la wilaya, maintenant l’habilitant doit passer un stage de formation pour obtenir son permis de chasse. Il s’agit d’une nouveauté que notre département a mise en place cette année. Le stage a débuté le 1er mars au Centre cynégétique de Zeralda. Le chasseur doit connaître les règles de sécurité dans le maniement d’armes, connaître les espèces qu’il peut chasser et celles interdites à la chasse. Il faudrait impérativement qu’il connaisse aussi les règles de la chasse pour pouvoir activer dans un cadre réglementaire.

La société civile a un rôle important. Nous appelons également les citoyens à prendre conscience du danger qu’ils font encourir à une espèce de singe en voie de disparition, il s’agit du macaque berbère ou singe Magot qui, malheureusement, est nourri de chips et de gaufrettes, alors qu’il a un régime alimentaire spécifique.

Du tac au tac

Un incident drôle dont vous gardez un souvenir ?
Un jeune homme qui avait passé une oreillette à un singe. Ce dernier écoutant la musique avec lui. Ils échangeaient même leur canette de soda.
Travail et vie de famille, comment vous vous organisez ?
Mon métier m’impose d’être continuellement disponible. Je reconnais que cela se répercute sur le temps que je consacre à ma famille, mais je m’organise, comme chaque femme active, tant bien que mal pour parvenir à être à la hauteur.
Vos loisirs en dehors de votre travail ?
J’aime la cuisine. Je me relaxe en préparant des petits gâteaux et des plats que je partage avec les gens que j’aime.
Un rêve que vous souhaiteriez réaliser ?
J’aimerais revoir le retour de nos animaux disparus comme le lion de l’Atlas et d’autres espèces. Je rêve aussi de retrouver des citoyens civilisés, conscients de l’importance de protéger l’environnement, et soucieux de l’hygiène et de la nature.
Votre région préférée en Algérie ?
J’aime Tlemcen qui reste une ville phare pour moi, j’ai plusieurs souvenirs dans cette cité.
Un projet d’avenir qui vous tient à coeur…
Je suis en train de monter une réserve pour les gazelles à Tlemcen. Nous avons un noyau de 25 gazelles cuvieri, une espèce très rare, qui sont en semi-captivité et que nous sommes en train de reproduire afin de les lâcher dans la nature.

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